Un héritage architectural sous tension
Trente-cinq ans après la mort de François Mitterrand, les Grands travaux qui ont marqué son double septennat font l'objet d'un bilan contrasté. Entre fierté culturelle et défis financiers, ces projets phares – Opéra Bastille, pyramide du Louvre, Grande Arche de La Défense et Bibliothèque nationale de France – révèlent aujourd'hui leur vétusté, tandis que le gouvernement Macron engage des rénovations coûteuses.
L'Opéra Bastille, symbole d'une ambition populaire
Inauguré en 1989, l'Opéra Bastille devait incarner la démocratisation culturelle promise par Jack Lang. Conçu comme un contrepoint à l'élitisme de l'Opéra Garnier, son architecture minimaliste et son programme éclectique (danse, théâtre, musique) visaient les classes moyennes. Pourtant, son inauguration en urgence pour le bicentenaire de la Révolution française a laissé des traces : malfaçons dès 1991, structure fragilisée. En 2025, Rachida Dati annonçait un plan de 450 millions d'euros pour éviter l'effondrement de sa scène principale.
Le Louvre, entre gloire et délabrement
La pyramide de verre de Ieoh Ming Pei, initialement critiquée comme une « verrue », est devenue un symbole mondial. Mais le musée, passé de 1,4 à 9 millions de visiteurs, souffre désormais de fuites, de systèmes obsolètes et d'un afflux de touristes mal géré. Emmanuel Macron a lancé en 2025 une « Nouvelle Renaissance du Louvre » (700 millions d'euros), incluant une salle dédiée à La Joconde. Un projet critiqué par l'opposition, qui y voit un gaspi dans un contexte de crise des finances publiques.
La Défense et Bercy : des chantiers sous cohabitation
La Grande Arche, conçue par l'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, a failli à sa vocation initiale de « Carrefour international de la communication ». Son chantier, marqué par des tensions avec l'État, a été repris par Paul Andreu. Aujourd'hui, le bâtiment abrite des bureaux privés, tandis que le « paquebot de Bercy », construit pour libérer le Louvre, nécessite une rénovation de 300 à 500 millions d'euros.
La BnF, bibliothèque du futur... déjà saturée
Dominique Perrault a imaginé la BnF comme une « table renversée » en verre, mais son coût (7 milliards de francs) et ses polémiques (lumière nocive pour les livres) ont éclipsé son innovation. En 2026, ses réserves sont pleines, et un nouveau site à Amiens est en construction. Un symbole des dérives mégalomanes des Grands travaux, selon Jean-Luc Mélenchon.
Un héritage politique en débat
Ces projets, portés par un idéal de modernisation culturelle, ont transformé Paris. Mais leur entretien, aujourd'hui, pèse sur les finances publiques. La gauche salue leur audace démocratique, tandis que la droite (Marine Le Pen en tête) les accuse d'avoir détourné l'argent public. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a promis un audit des coûts de rénovation, dans un contexte de crise de la souveraineté industrielle française.