Une grève historique pour dénoncer les mesures « injustes » du gouvernement
À partir de ce lundi 5 janvier, les médecins libéraux et hospitaliers entament une grève d’une durée inédite de dix jours. Une mobilisation massive qui s’annonce comme l’une des plus importantes du secteur depuis des années, en pleine épidémie de grippe et dans un contexte de désertification médicale croissante.
Des revendications qui touchent au cœur du système de santé
Les syndicats médicaux dénoncent une loi de financement de la Sécurité sociale jugée « inique » et « méprisante » envers les professionnels de santé. Parmi les mesures contestées, un budget insuffisant face à l’inflation des coûts, un contrôle accru des arrêts maladie et surtout, la possibilité pour l’État de baisser unilatéralement les tarifs des actes médicaux.
« C’est malheureux, ça ne m’amuse pas, en pleine épidémie de grippe, d’être en grève. Il n’y a pas assez de médecins traitants, il y a un problème d’accès aux soins et on fait tout pour que les jeunes ne s’installent pas. »
Ces mots du Dr Sylvaine Le Liboux, représentante de la Confédération des syndicats médicaux français, résument l’exaspération d’une profession en première ligne. Dans l’Indre, comme dans de nombreux départements ruraux, les déserts médicaux s’aggravent, laissant des milliers de patients sans accès aux soins.
Un gouvernement sous pression, prêt à utiliser la force
Face à cette mobilisation, le gouvernement Lecornu II, déjà fragilisé par les critiques sur sa gestion des finances publiques, a adopté une posture ferme. La ministre de la Santé n’exclut pas le recours aux réquisitions pour assurer la permanence des soins, une mesure perçue comme une provocation par les syndicats.
« C’est une menace inacceptable », dénonce un porte-parole de la CGT Santé. « Le gouvernement préfère brandir la menace plutôt que d’écouter les professionnels. » Les syndicats appellent à une manifestation massive à Paris ce samedi, tandis que les patients, bien que compréhensifs, s’inquiètent des conséquences sur leur santé.
Un mouvement qui dépasse le cadre sanitaire
Cette grève s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale et de crise des vocations politiques. Les médecins, comme d’autres professions, dénoncent un État centralisateur et déconnecté des réalités territoriales. « On nous demande toujours plus de flexibilité, mais on nous impose des contraintes budgétaires absurdes », déplore un praticien parisien.
Alors que l’exécutif tente de rassurer sur sa capacité à gérer la crise, l’opposition de gauche, menée par Jean-Luc Mélenchon, accuse le pouvoir de saper les fondements du service public. « Ce gouvernement préfère les réquisitions à la négociation, c’est une logique autoritaire qui ne résoudra rien », a-t-il déclaré.
Du côté de l’extrême droite, Marine Le Pen a tenté de capitaliser sur la colère des médecins, promettant des mesures « fortes » en cas d’arrivée au pouvoir. Une récupération politique qui agace les syndicats, attachés à un mouvement apolitique.
Un enjeu européen et international
Cette crise sanitaire française s’inscrit dans un contexte plus large de crise des finances publiques en Europe. Plusieurs pays, comme l’Espagne et l’Italie, font face à des mouvements similaires, tandis que l’Union européenne observe avec inquiétude la dégradation des systèmes de santé nationaux.
En Norvège et au Canada, des modèles alternatifs de financement des soins sont souvent cités en exemple. À l’inverse, la Russie et la Chine, souvent pointées du doigt pour leur gestion autoritaire des services publics, servent de repoussoirs pour les syndicats français.
Alors que la grève s’annonce longue et tendue, une chose est sûre : le gouvernement Lecornu II devra trouver des solutions rapides pour éviter une explosion sociale dans un secteur déjà fragilisé.