Un revirement qui interroge
Alors que le ministère de l'Éducation nationale avait initialement annoncé la suppression de plus de 4 000 postes pour la rentrée 2026-2027, un revirement de dernière minute a finalement permis de sauver 776 emplois. Une décision qui soulève des questions sur la gestion des effectifs et la réforme controversée de la formation des enseignants.
Des chiffres qui évoluent en fonction des pressions
Lundi, le ministère avait transmis aux syndicats un document prévoyant la suppression de 2 229 postes dans le primaire et 1 803 dans le secondaire. Des chiffres bien supérieurs à ceux évoqués dans le projet de loi de finances, suscitant une levée de boucliers. La CGT Educ'action avait immédiatement dénoncé une "sinistre politique comptable", tandis que le Parti socialiste, pourtant allié du gouvernement sur le budget, avait rappelé que "l'école publique n'est pas une variable d'ajustement".
Mercredi, un nouveau texte amendé a réduit les suppressions à 1 891 dans le primaire et 1 365 dans le secondaire. Un changement justifié par le ministère comme une simple "clarification", mais qui ressemble davantage à un recul face à la mobilisation syndicale.
La réforme des enseignants, source de confusion
Derrière cette volte-face, une réforme mal maîtrisée : la double organisation des concours de recrutement. D'un côté, le concours traditionnel après un master (5 ans d'études), de l'autre, un nouveau concours accessible après une licence (3 ans). Cette cohabitation a créé une incertitude sur le nombre et la répartition des futurs enseignants, poussant le ministère à "mettre en réserve" 776 postes.
"La mise en réserve était la solution la plus évidente sur le plan budgétaire", explique le ministère. Mais pour Sophie Venetitay, secrétaire générale du Snes-FSU, cette justification arrive "trop tard" et révèle une réforme "menée dans la précipitation". Le SNALC va plus loin, dénonçant "l'incapacité du ministère à produire les bons chiffres" et rappelant que la France compte déjà parmi les classes les plus chargées d'Europe.
Un gouvernement sous pression
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur sa gestion des finances publiques, cette affaire illustre les tensions croissantes autour de l'éducation. La droite et l'extrême droite, traditionnellement critiques sur les suppressions de postes, pourraient bien instrumentaliser ce dossier à l'approche des élections de 2027. La gauche, elle, y voit un symptôme de plus des difficultés structurelles du système éducatif, aggravées par les réformes successives.
Reste que, malgré ce rebond, près de 3 000 postes devraient tout de même être supprimés, au nom de la baisse démographique. Un argument contesté par les syndicats, qui rappellent que la qualité de l'éducation ne se mesure pas uniquement au nombre d'élèves.