Un procès qui dépasse le cadre judiciaire
Le procès des « Grands Frères », accusés d’avoir organisé les émeutes urbaines en Guadeloupe en 2021, a pris un tournant politique inattendu. Deux élus locaux, convoqués comme témoins, en ont profité pour défendre leurs positions, voire leurs ambitions électorales. Un mélange des genres qui interroge sur l’indépendance de la justice face aux enjeux politiques locaux.
Des témoignages à charge politique
Parmi les témoins, Ary Chalus, président de la région Guadeloupe et fondateur récent de L’Alliance guadeloupéenne, a saisi l’occasion pour vanter son bilan à la mairie de Baie-Mahault, malgré une condamnation à deux ans d’inéligibilité en 2025. Une décision qu’il conteste en cassation, tout en annonçant sa candidature à la mairie de sa commune.
« Je connais Bwana depuis des années, c’est aussi grâce à lui que Baie-Mahault est la seule ville de France qui a pu baisser la délinquance de 72 % »
Ces déclarations, tenues à la barre, visent à soutenir Frédéric Dumesnil, surnommé « Bwana », accusé d’avoir organisé des barrages et d’avoir incendié le bâtiment du Service pénitentiaire d’insertion et de probation en novembre 2021. Un témoignage qui soulève des questions sur l’impartialité des acteurs politiques dans un procès aussi sensible.
Une justice sous influence ?
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de restaurer l’autorité de l’État dans les Outre-mer, ce procès rappelle les tensions persistantes entre les élites locales et les institutions centrales. La Guadeloupe, comme d’autres territoires ultramarins, souffre d’un défaut de représentation politique et d’une crise de légitimité des élus, souvent accusés de clientélisme.
Dans ce contexte, la défense d’Ary Chalus pour un accusé des émeutes de 2021 peut être interprétée comme une stratégie pour mobiliser son électorat, notamment parmi les jeunes et les populations défavorisées, souvent en conflit avec les forces de l’ordre. Un calcul politique qui pourrait se révéler payant à l’approche des municipales.
Un enjeu national
Ce procès s’inscrit dans un débat plus large sur la crise de la démocratie locale, particulièrement aiguë dans les DOM-TOM. Alors que le gouvernement tente de renforcer les liens avec les territoires ultramarins, les tensions locales persistent, alimentées par un sentiment d’abandon et une défiance envers les institutions.
La présence d’élus en campagne à la barre des témoins illustre cette porosité entre justice et politique. Un phénomène qui, selon les observateurs, pourrait se généraliser à l’approche des élections de 2027, où la gauche espère capitaliser sur les frustrations locales pour regagner du terrain face à une droite divisée.