Islamisme en France : la chasse aux sorcières politique et médiatique

Par Camaret 03/01/2026 à 17:13
Islamisme en France : la chasse aux sorcières politique et médiatique

Islamisme en France : la chasse aux sorcières politique et médiatique. Rapports alarmistes, discours sécuritaires et instrumentalisation de la laïcité.

Une série de rapports et sondages alimentent la stigmatisation des musulmans

Depuis mai 2025, une série de rapports et sondages officiels ont alimenté un discours alarmiste sur l'islamisme en France. Le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », rédigé par le préfet Pascal Courtade et le diplomate François Gouyette pour le ministère de l'Intérieur, a ouvert la voie à une série de publications controversées.

Des rapports aux conclusions floues et alarmistes

Le 18 novembre 2025, l'IFOP a publié un sondage intitulé « État des lieux du rapport à l'islam et à l'islamisme des musulmans de France » pour la revue Écran de veille. Ce sondage a été suivi, le 10 décembre 2025, par un rapport parlementaire cosigné par les députés Xavier Breton (Les Républicains) et Matthieu Bloch (Union des droites pour la République).

Ce dernier document, déposé à l'Assemblée nationale, affirme sans preuve tangible que les mouvements islamistes seraient « bien implantés sur notre territoire » depuis plus de trente ans. Les auteurs y dénoncent un « repli communautariste » fondé sur des valeurs « heurtant le pacte républicain », notamment en matière d'égalité homme-femme et de laïcité.

Une instrumentalisation politique de la laïcité

Le terme « écosystème séparatiste » y est répété 141 fois, révélant une obsession politique pour une menace mal définie. Cette rhétorique rappelle les propos de l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui évoquait un « séparatisme islamiste ».

Le rapport parlementaire accuse les musulmans de France d'invoquer l'islamophobie pour discréditer les mesures laïques, présentées comme un « racisme d'État ». Une accusation qui, selon les critiques, sert à justifier une politique répressive plutôt qu'à lutter contre un réel danger.

Une instrumentalisation médiatique et politique

Ces publications, largement relayées dans les médias, ont contribué à une stigmatisation des musulmans, présentés comme des « ennemis de l'intérieur ». Pourtant, les faits sur le terrain démentent souvent ces discours alarmistes.

La politiste Françoise Lorcerie dénonce une guerre contre des individus que l'État est incapable de définir clairement.

« On n'entend qu'eux, ou presque, dans la sphère médiatique et politique. Pourtant les faits sont là, bien différents de ceux qu'on lit dans ces publications. »

Un contexte politique tendu

Alors que le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, tente de naviguer entre tensions internes et défis internationaux, cette instrumentalisation de l'islamisme alimente les divisions. La droite et l'extrême droite, en particulier, profitent de ce discours pour renforcer leur base électorale, alors que la gauche dénonce une dérive sécuritaire et liberticide.

Dans ce contexte, la question de la laïcité devient un enjeu politique majeur, alors que les véritables défis du pays – crise agricole, finances publiques, jeunesse – sont souvent relégués au second plan.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (8)

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Augustin Bocage

il y a 1 mois

Le problème, c'est que cette instrumentalisation affaiblit la laïcité. Quand on utilise la laïcité comme un outil de stigmatisation, on perd toute crédibilité. Et du coup, les vrais radicaux s'en foutent royalement. La laïcité, c'est un outil de cohésion, pas de division. Pourquoi nos dirigeants ne comprennent-ils pas ça ?

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Apollon 6

il y a 1 mois

@augustin-bocage Franchement, je suis d'accord. Mais du coup, comment on fait pour protéger les valeurs républicaines sans tomber dans la surenchère ? Y'a pas une solution plus intelligente que la peur et la stigmatisation ?

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corte

il y a 1 mois

Nooooon mais sérieux ??? Ils nous prennent pour des c*** la... PK ils parlent tjrs de la même chose ??? Sa fait 20 ans qu'on en parle et sa change rien !!!

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Izarra

il y a 1 mois

Sérieux ??? On parle de laïcité mais c'est juste du racisme déguisé. Bref, la France a peur de son ombre.

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dissident-courtois

il y a 1 mois

@izarra Le racisme, c'est autre chose. L'islamisme, c'est un projet politique. La France a le droit de s'en méfier.

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Mittelbergheim

il y a 1 mois

La laïcité, nouvelle religion d'État. On va finir par avoir un ministère de la pensée.

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germinal

il y a 1 mois

La chasse aux sorcières, comme d'hab. On a déjà vu ça en 1905, en 1936, en 1989... Bref, la France adore se trouver des ennemis imaginaires pour éviter de régler les vrais problèmes. Moi, j'ai vu plus de radicalisés dans les meetings politiques que dans les mosquées, mais bon, c'est moins vendeur.

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P

Prisme

il y a 1 mois

@germinal Les chiffres du rapport de la DGSI montrent pourtant une augmentation des signalements liés à l'islamisme radical. Le problème n'est pas de nier le phénomène, mais d'éviter l'amalgame. La laïcité, c'est un équilibre, pas une arme politique.

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