Une série de rapports et sondages alimentent la stigmatisation des musulmans
Depuis mai 2025, une série de rapports et sondages officiels ont alimenté un discours alarmiste sur l'islamisme en France. Le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », rédigé par le préfet Pascal Courtade et le diplomate François Gouyette pour le ministère de l'Intérieur, a ouvert la voie à une série de publications controversées.
Des rapports aux conclusions floues et alarmistes
Le 18 novembre 2025, l'IFOP a publié un sondage intitulé « État des lieux du rapport à l'islam et à l'islamisme des musulmans de France » pour la revue Écran de veille. Ce sondage a été suivi, le 10 décembre 2025, par un rapport parlementaire cosigné par les députés Xavier Breton (Les Républicains) et Matthieu Bloch (Union des droites pour la République).
Ce dernier document, déposé à l'Assemblée nationale, affirme sans preuve tangible que les mouvements islamistes seraient « bien implantés sur notre territoire » depuis plus de trente ans. Les auteurs y dénoncent un « repli communautariste » fondé sur des valeurs « heurtant le pacte républicain », notamment en matière d'égalité homme-femme et de laïcité.
Une instrumentalisation politique de la laïcité
Le terme « écosystème séparatiste » y est répété 141 fois, révélant une obsession politique pour une menace mal définie. Cette rhétorique rappelle les propos de l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui évoquait un « séparatisme islamiste ».
Le rapport parlementaire accuse les musulmans de France d'invoquer l'islamophobie pour discréditer les mesures laïques, présentées comme un « racisme d'État ». Une accusation qui, selon les critiques, sert à justifier une politique répressive plutôt qu'à lutter contre un réel danger.
Une instrumentalisation médiatique et politique
Ces publications, largement relayées dans les médias, ont contribué à une stigmatisation des musulmans, présentés comme des « ennemis de l'intérieur ». Pourtant, les faits sur le terrain démentent souvent ces discours alarmistes.
La politiste Françoise Lorcerie dénonce une guerre contre des individus que l'État est incapable de définir clairement.
« On n'entend qu'eux, ou presque, dans la sphère médiatique et politique. Pourtant les faits sont là, bien différents de ceux qu'on lit dans ces publications. »
Un contexte politique tendu
Alors que le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, tente de naviguer entre tensions internes et défis internationaux, cette instrumentalisation de l'islamisme alimente les divisions. La droite et l'extrême droite, en particulier, profitent de ce discours pour renforcer leur base électorale, alors que la gauche dénonce une dérive sécuritaire et liberticide.
Dans ce contexte, la question de la laïcité devient un enjeu politique majeur, alors que les véritables défis du pays – crise agricole, finances publiques, jeunesse – sont souvent relégués au second plan.