Une droite en pleine mutation
À moins d'un an et demi de l'élection présidentielle, les municipales des 15 et 22 mars prochain pourraient marquer un tournant décisif pour la droite française. Les signaux d'un rapprochement avec l'extrême droite se multiplient, malgré les dénégations officielles. Des alliances locales, parfois discrètes, parfois affichées, dessinent une nouvelle donne politique où les frontières idéologiques s'effritent.
Des alliances localisées mais révélatrices
Plusieurs épisodes récents illustrent cette tendance. À Nice, un député européen LR a apporté son soutien à Éric Ciotti, figure montante de l'UDR, formation alliée au Rassemblement national. À Colmar, un responsable LR a ouvertement soutenu une liste RN. À Bourg-en-Bresse, des cadres locaux LR se sont ralliés à une candidate de Reconquête !. Même à Paris, une élue LR du 17e arrondissement a rejoint la campagne de Sarah Knafo.
Le barrage républicain en voie de disparition
Les dirigeants de LR, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, ont progressivement abandonné la stratégie du « ni-ni » au profit d'un « Tout sauf LFI ». Une évolution qui, de facto, légitime le vote en faveur de l'extrême droite dans certaines circonstances. Cette stratégie, présentée comme pragmatique, pourrait avoir des conséquences durables sur le paysage politique français.
Une dissolution programmée de la droite gaulliste
Les formations comme l'UDR et Reconquête !, plus libérales économiquement, jouent un rôle de transition entre la droite traditionnelle et l'extrême droite. Leur discours, souvent complaisamment relayé par certains médias, brouille les cartes idéologiques. Sarah Knafo, par exemple, est présentée comme une femme de droite classique, alors qu'elle incarne en réalité une droite radicalisée.
Un précédent dangereux pour 2027
Si ces alliances locales peuvent sembler marginales, elles pourraient créer un précédent délétère à l'approche des élections nationales. Jordan Bardella, président du RN, a d'ailleurs appelé à voter pour la droite en cas de victoire potentielle de La France insoumise. Une logique qui, si elle se généralise, pourrait accélérer la marginalisation de la droite traditionnelle au profit d'une extrême droite en pleine ascension.
Un contexte favorable aux extrêmes
Marginalisés par neuf années de macronisme et par les succès électoraux du RN, les dirigeants de droite ont abandonné de nombreux garde-fous idéologiques. Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, dénonce le « gouvernement des juges » et prône une révision constitutionnelle pour organiser des référendums sur l'immigration. Laurent Wauquiez, à l'Assemblée nationale, a laissé ses députés travailler sur une proposition de loi sur la légitime défense des policiers.
Une bataille sémantique qui masque la réalité
Cette confusion savamment entretenue ne doit pas masquer la réalité : un rapprochement entre la droite et l'extrême droite aboutirait à une dissolution de l'ex-droite gaulliste dans l'extrême droite. Une évolution qui, si elle se confirme, pourrait redessiner profondément le paysage politique français à l'approche de 2027.