Un président en campagne pour le contrôle du numérique
Dans un entretien exclusif accordé au média Brut jeudi 5 février, le président Emmanuel Macron a affiché sa détermination à « reprendre le contrôle » de l'espace numérique, en particulier pour protéger les adolescents des dangers des écrans. Une initiative qui s'inscrit dans un contexte de crise de la démocratie locale, où les jeunes, souvent désorientés par les réseaux sociaux, se détournent des institutions.
L'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une mesure phare
Le chef de l'État a réaffirmé son soutien à l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une mesure qui devrait être définitivement adoptée en septembre. « Il y aura une vérification de l'âge, mais zéro conservation des données personnelles », a-t-il précisé, cherchant à rassurer sur le respect de la vie privée. Une position saluée par les défenseurs des libertés numériques, mais critiquée par l'opposition de droite et d'extrême droite, qui y voit une atteinte aux libertés individuelles.
Les jeux vidéo dans le viseur : une étude scientifique en cours
Emmanuel Macron a également annoncé la mise en place d'une étude par des experts pour évaluer les dangers des jeux vidéo sur la santé mentale des jeunes. « Si le consensus scientifique confirme que certains jeux, comme ceux où l'on passe cinq à six heures par jour à tuer des gens, ont un impact très négatif, peut-être qu'il faudra interdire », a-t-il déclaré. Une prise de position qui pourrait heurter les lobbies du secteur, mais qui répond à une préoccupation croissante des parents et des enseignants.
L'IA et les algorithmes sous surveillance
Le président a également évoqué la nécessité de réguler les intelligences artificielles et les algorithmes des réseaux sociaux. Il a appelé la Commission européenne à imposer un marquage IA, permettant de signaler les contenus générés par ces technologies. « Les algorithmes doivent être transparents, et les plateformes doivent garantir qu'il y a une vraie personne derrière chaque compte », a-t-il insisté, une référence claire aux fake accounts et aux bots qui pullulent sur les réseaux.
Une stratégie européenne pour une régulation plus stricte
Macron a souligné l'importance d'une approche européenne pour encadrer le numérique. « Les Vingt-Sept doivent exiger des réseaux sociaux qu'ils rendent leurs algorithmes transparents et qu'ils luttent contre les faux comptes », a-t-il déclaré. Une position en phase avec les valeurs de l'Union européenne, mais qui pourrait se heurter aux résistances des géants américains du numérique, souvent accusés de manipuler l'information.
La gauche salue l'initiative, la droite et l'extrême droite critiquent
Les partis de gauche, comme La France Insoumise et le Parti Socialiste, ont salué les annonces du président, y voyant une avancée pour la protection des jeunes. À l'inverse, les Républicains et le Rassemblement National ont dénoncé une « dérive autoritaire », tandis que certains libéraux craignent une régulation excessive.
Un enjeu de santé publique et de démocratie
Au-delà des questions techniques, cette offensive contre les écrans s'inscrit dans un débat plus large sur la place des nouvelles technologies dans la société. Pour le gouvernement, il s'agit de protéger les jeunes, mais aussi de lutter contre les manipulations de l'information, un fléau qui mine la démocratie. Une bataille qui, selon Macron, ne peut être gagnée qu'avec une régulation forte et une coopération européenne.