Un soutien ambigu qui fait polémique
L'opération militaire américaine au Venezuela, marquée par l'enlèvement de l'ex-président Nicolas Maduro et de son épouse, a provoqué une onde de choc dans le paysage politique français. Le chef de l'État, Emmanuel Macron, a exprimé son soutien à une transition « pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien », sans toutefois condamner explicitement l'ingérence américaine.
Cette omission a suscité des réactions vives, notamment à gauche et au sein même de la majorité présidentielle. Jean-Noël Barrot, ministre délégué à la Transition numérique, avait pourtant rappelé avant la déclaration du président l'importance du respect du droit international. Une position qui contraste avec le silence de l'Élysée sur la méthode employée par l'administration Trump.
Une diplomatie française en perte de repères ?
Pour la députée européenne Nathalie Loiseau, membre du groupe Renew, cette réserve s'expliquerait par la crainte d'un durcissement de Donald Trump sur le dossier ukrainien.
« On a peur que Trump soit encore pire sur l'Ukraine qu'il ne l'est déjà. Et donc pour éviter ça, on n'ose plus le contrarier sur rien d'autre »,a-t-elle déclaré, alors qu'une conférence des pays soutenant l'Ukraine se tenait à l'Élysée le 6 janvier.
Cette posture ambiguë interroge sur la cohérence de la diplomatie française, traditionnellement attachée au multilatéralisme. Certains y voient une concession inacceptable à l'unilatéralisme américain, tandis que d'autres y perçoivent une stratégie pragmatique face à un partenaire imprévisible.
Un clivage qui traverse les partis
À gauche, les réactions ont été unanimes. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « capitulation face aux méthodes autoritaires de Trump », tandis que le Parti socialiste a appelé à un « rappel ferme aux principes du droit international ». Même au sein de la majorité, des voix se sont élevées pour critiquer l'absence de condamnation claire.
Du côté de la droite, les réactions sont plus nuancées. Marine Le Pen a salué l'élimination de Maduro, tout en critiquant l'absence de consultation des alliés européens. Une position qui reflète les divisions persistantes sur la place de la France dans le monde.
Un enjeu pour 2027
Cette affaire intervient alors que la campagne pour les élections présidentielles de 2027 commence à s'esquisser. La question de la souveraineté diplomatique française et de son alignement sur les puissances étrangères pourrait bien devenir un enjeu majeur. Dans un contexte de tensions internationales croissantes, le gouvernement Lecornu II se retrouve sous pression pour clarifier sa position.
Alors que la France s'apprête à accueillir une nouvelle conférence sur l'Ukraine, l'équilibre entre fermeté et pragmatisme reste à trouver. Un défi qui dépasse largement le cadre vénézuélien.