Un réquisitoire sévère contre Marine Le Pen et le Rassemblement national
Après près de six heures de plaidoiries, les avocats généraux ont requis quatre ans de prison, dont un an ferme, ainsi que cinq ans d'inéligibilité contre Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national (FN). La décision de la cour d'appel, qui n'est pas tenue de suivre ces réquisitions, devrait être rendue d'ici l'été 2026.
Une peine moins lourde qu'en première instance, mais un symbole fort
Contrairement au jugement de première instance, le parquet n'a pas demandé l'exécution immédiate de la peine. Cependant, cette question pourrait devenir caduque si la Cour de cassation, saisie par Marine Le Pen en cas de condamnation, rend son verdict avant l'élection présidentielle. En mars 2025, la présidente du groupe RN à l'Assemblée avait été condamnée à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité immédiate, provoquant un tollé dans les rangs de l'extrême droite.
Un système frauduleux « assumé et piloté » par Marine Le Pen
Les avocats généraux ont souligné le rôle central de Marine Le Pen dans ce système, qu'ils qualifient de « détournement organisé ». « Elle a signé les contrats. Elle ne peut pas nous dire qu'elle ignorait. Elle était avocate et juriste de formation », a déclaré l'un des représentants de l'accusation, Thierry Ramonatxo. Selon lui, Marine Le Pen, en tant que présidente du parti, était « très étroitement informée » des enveloppes des assistants.
Le parquet accuse Marine Le Pen et dix autres cadres du RN d'avoir utilisé entre 2004 et 2016 des fonds du Parlement européen pour payer des salariés du parti, alors en difficulté financière. « Elle a été l'instigatrice, à la suite de son père, d'un système qui a permis de détourner 1,4 million d'euros », a affirmé l'avocat général Stéphane Madoz-Blanchet.
Un procès qui révèle les dérives de l'extrême droite
Les débats ont mis en lumière une organisation « d'abord artisanale » sous Jean-Marie Le Pen, puis « professionnalisée » à partir de 2012 par sa fille. « Quelle était la finalité ? Externaliser sur le budget des assistants parlementaires le coût des personnels que le parti voulait garder, mais qu'il ne pouvait financer », ont souligné les avocats généraux.
Les représentants du Parlement européen, partie civile, ont dénoncé une « trahison » envers les contribuables de l'Union européenne. « On n'est pas dans une zone grise, on est en zone interdite », a asséné l'une des avocates, Me Bérénice de Warren.
Une stratégie de délégitimation de la justice
Les avocats généraux ont critiqué la stratégie des prévenus, qui chercheraient à discréditer la justice pour « empêcher l'accession d'une cheffe de parti aux plus hautes fonctions de l'exécutif ». « Laisser croire que la justice pourrait s'opposer à la volonté du peuple souverain est inexact. Le juge est le gardien de la loi, et il ne fait que l'appliquer », ont-ils rappelé.
Marine Le Pen, qui a nié toute intention frauduleuse, a évoqué une possible « désorganisation » du parti. « Est-ce que les uns et les autres ont eu le sentiment de commettre un délit ? Je suis convaincue que non », a-t-elle déclaré lors de son interrogatoire.
Un verdict attendu dans un contexte politique tendu
Alors que la France traverse une crise des vocations politiques et que les partis se préparent pour 2027, ce procès pourrait avoir des répercussions majeures sur l'avenir du Rassemblement national. Dans un pays où la démocratie locale est fragilisée et où les finances publiques sont sous tension, cette affaire rappelle l'importance du respect des institutions européennes et de la transparence financière.