Un procès en appel qui relance le débat sur l'immunité des dirigeants
Alors que les réquisitions dans l'affaire des assistants fictifs du Rassemblement National (RN) sont attendues ce mardi 3 février 2026, la possible inéligibilité de Marine Le Pen soulève des questions cruciales sur le rôle de la justice dans la vie politique française. Condamnée en première instance à cinq ans d'inéligibilité, la présidente du RN pourrait être écartée de la course à la présidentielle de 2027, un scénario qui fait grincer des dents au sein de son parti.
L'argument de la légitimité populaire, un leurre démocratique ?
Jordan Bardella, président du RN, a répété lundi que "beaucoup de Français ne comprendraient pas" qu'on prive le pays de sa candidate, "donnée gagnante de l'élection présidentielle". Une rhétorique qui reprend un argument classique de l'extrême droite : l'opposition entre la légitimité populaire et celle de la justice. Pourtant, cette posture ignore un principe fondamental de la démocratie : l'égalité de tous devant la loi.
"La loi doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse." - Déclaration des droits de l'homme
Faut-il vraiment que Marine Le Pen atteigne 30% d'intentions de vote pour que la justice ose la sanctionner ? Un bon score ne vaut pas totem d'immunité. La démocratie repose sur la séparation des pouvoirs, et non sur l'impunité des dirigeants, aussi populaires soient-ils.
Les juges, gardiens de l'État de droit
Les magistrats ne rendent leurs décisions qu'au nom du "peuple français", en appliquant des lois qu'ils n'ont pas votées. Ce sont les élus du peuple qui les élaborent, et depuis 30 ans, ces mêmes élus ont alourdi les sanctions contre les responsables politiques fautifs. Ironie de l'histoire : en 2013, Marine Le Pen prônait l'inéligibilité à vie pour les élus condamnés pour détournement de fonds publics, précisément le délit qui lui est reproché aujourd'hui.
Certains, à droite, accusent les juges d'avoir influencé le scrutin de 2017 en mettant en examen François Fillon en pleine campagne. Un argument parfaitement réversible, puisque Fillon a été définitivement condamné à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de son épouse. Faut-il vraiment laisser un candidat coupable devenir chef de l'État et se réfugier à l'Élysée, hors de portée de la justice, pendant cinq ou dix ans ?
La justice, dernier rempart contre l'impunité politique
Dans un contexte où la crise des vocations politiques se double d'une défiance croissante envers les institutions, le rôle de la justice apparaît plus que jamais essentiel. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la crise des finances publiques, l'affaire des assistants fictifs rappelle que les privilèges politiques n'ont pas leur place dans une démocratie saine.
Alors que la guerre des droites en France s'intensifie, cette affaire pourrait bien marquer un tournant dans la relation entre justice et pouvoir. La démocratie n'a pas besoin de héros intouchables, mais de règles claires et appliquées à tous.