Un interrogatoire musclé face à la cour d'appel
La présidente de la cour d'appel, Michèle Agi, a mené un interrogatoire serré de Marine Le Pen mercredi 21 janvier, remettant en cause sa défense dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen entre 2004 et 2016. La magistrate, précise et méticuleuse, a contredit à plusieurs reprises les arguments de la dirigeante du Rassemblement National (RN), soulignant des incohérences dans les contrats d'assistants parlementaires.
Des contradictions qui fragilisent la défense
Marine Le Pen a maintenu qu'elle ne pouvait prouver l'absence d'activité pour le FN de certains assistants, comme Catherine Griset, tout en reconnaissant que cette dernière travaillait aussi pour le parti. « Je suis dans l'incapacité, juridiquement, d'apporter la preuve d'un fait négatif », a-t-elle déclaré, suscitant une réaction immédiate de la présidente : « C'est assez inquiétant. »
La magistrate a pointé du doigt le fait que Catherine Griset, bien qu'accréditée comme assistante parlementaire, était rarement présente à Bruxelles, ce qui contredit les obligations de son contrat. « Dans ce cadre-là, comment pouvez-vous affirmer qu'elle n'a fait que son travail parlementaire ? » a interrogé la présidente, mettant en lumière les lacunes de la défense.
Un système opaque sous le feu des questions
Le cas de Thierry Légier, ancien garde du corps de Jean-Marie Le Pen, a également été évoqué. Employé comme assistant parlementaire pour plusieurs eurodéputés RN, il a continué à exercer ses fonctions initiales, ce qui a suscité des doutes sur la légitimité de son contrat. Marine Le Pen a tenté de justifier cette situation en affirmant que le Parlement européen était informé, mais la présidente a rétorqué : « Vous êtes avocate, vous connaissez le droit : un contrat, une signature : ce sont des notions qui vous parlent… »
La dirigeante du RN a également été interrogée sur Guillaume L'Huillier, son assistant parlementaire entre 2009 et 2011, qui était aussi directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen. « Je n'ai aucune pièce, mais aucune, concernant le travail de L'Huillier ! » a-t-elle affirmé, avant d'ajouter qu'elle n'avait aucune raison de conserver des archives de notes d'un assistant ayant travaillé dix ans plus tôt.
Une stratégie de défense en difficulté
Marine Le Pen a tenté de défendre l'idée que des fonctions politiques pouvaient être compatibles avec un poste d'assistant parlementaire, invoquant le droit du travail français. Cependant, la présidente a insisté sur les contradictions dans les contrats et l'absence de clarté dans les recrutements. « Loin de moi l'idée de dire que nous avons tout fait parfaitement, mais nous avons fait preuve d'une bonne foi totale », a-t-elle déclaré, sans convaincre entièrement la cour.
La défense a ensuite tenté de démonter la thèse de l'accusation selon laquelle Marine Le Pen aurait donné des instructions pour mettre en place ce système. Rodolphe Bosselut, son avocat historique, a égrené plusieurs noms d'assistants parlementaires, mais la dirigeante du RN a affirmé ne pas les connaître. « Sur les 74 assistants parlementaires qui travaillaient pour notre groupe en septembre 2015, je n'en connais pas 80%, ni d'Eve ni d'Adam », a-t-elle déclaré, avant de répéter qu'elle n'avait jamais donné de consignes sur les recrutements.
Un enjeu politique majeur
Cette affaire prend une dimension politique cruciale, alors que Marine Le Pen espère alléger sa peine de quatre ans d'emprisonnement, dont deux ferme, et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire. Une condamnation confirmée en appel pourrait compromettre ses ambitions pour l'élection présidentielle de 2027, dans un contexte où le gouvernement Lecornu II et Emmanuel Macron cherchent à renforcer les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes.
Alors que la gauche française observe avec attention les développements de ce procès, la droite et l'extrême droite tentent de minimiser l'impact de ces révélations. Cependant, les interrogations sur la transparence et l'éthique en politique restent au cœur des débats, dans un pays où la crise des vocations politiques et la crise de la démocratie locale s'intensifient.