Mobilités public-privé : le gouvernement Macron-Lecornu ouvre la voie aux conflits d'intérêts

Par Mathieu Robin 23/01/2026 à 17:05
Mobilités public-privé : le gouvernement Macron-Lecornu ouvre la voie aux conflits d'intérêts

Le gouvernement Macron-Lecornu affaiblit les règles déontologiques avec une réforme controversée sur les mobilités public-privé, ouvrant la voie aux conflits d'intérêts.

Un vide juridique inquiétant pour la déontologie publique

À partir du 31 janvier 2026, des personnes issues du secteur privé pourront intégrer la fonction publique en tant que contractuels, même sans respecter les règles strictes encadrant les mobilités entre les secteurs public et privé. Cette décision, conséquence d'un arrêt du Conseil constitutionnel, suscite des craintes quant à l'érosion des garde-fous éthiques dans l'administration française.

Un recul déontologique sous le gouvernement Lecornu II

Le gouvernement d'Emmanuel Macron, mené par le Premier ministre Sébastien Lecornu, se retrouve confronté à un dilemme : laisser s'instaurer un vide juridique ou légiférer en urgence pour rétablir des règles claires. Les détracteurs de cette décision y voient une facilitation des allers-retours opaques entre le public et le privé, tandis que les défenseurs du texte soulignent la nécessité d'adapter la législation aux réalités économiques.

La HATVP affaiblie, les conflits d'intérêts encouragés ?

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) perd une partie de son pouvoir de contrôle. Jusqu'ici, les manquements à ses avis entraînaient une interdiction automatique de recrutement dans la fonction publique pendant trois ans. Cette sanction, jugée disproportionnée par le Conseil constitutionnel, a été censurée, ouvrant la voie à des nominations contestables sur des postes sensibles.

Parmi les emplois concernés : les membres de cabinets ministériels, les directeurs d'administration centrale, ou encore les responsables d'établissements publics et hospitaliers. Ces postes, stratégiques pour l'action publique, pourraient désormais être occupés par des individus ayant contourné les règles déontologiques.

Un précédent inquiétant : l'affaire Yenad Mlaraha

L'affaire à l'origine de cette réforme est emblématique. Yenad Mlaraha, ex-conseiller en communication de Marlène Schiappa, avait créé une société de conseil sans solliciter l'avis de la HATVP. Refusé pour un retour en cabinet en 2024, il avait contesté cette décision devant le Conseil constitutionnel, qui lui a donné raison.

«

L'interdiction de recrutement de trois ans a le caractère d'une punition et contrevient au principe de proportionnalité des peines.
»

Cette décision, saluée par certains comme une victoire pour les libertés individuelles, est perçue par d'autres comme un recule alarmant dans la lutte contre les conflits d'intérêts. Dans un contexte où la défiance envers les élites politiques ne cesse de croître, cette réforme pourrait alimenter les critiques sur le manque de transparence du pouvoir.

Un enjeu démocratique et européen

La France, souvent en pointe sur les questions de transparence, pourrait voir son modèle s'affaiblir. Des pays comme la Norvège ou le Canada, réputés pour leur rigueur déontologique, pourraient servir de contre-exemples. À l'inverse, des régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine, souvent critiqués pour leur opacité, pourraient s'en inspirer pour justifier leurs propres dérives.

Alors que l'Union européenne renforce ses mécanismes de contrôle, cette décision pourrait isoler davantage la France sur la scène internationale, déjà fragilisée par ses tensions avec les États-Unis et la Turquie.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (6)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

L

La Clusaz

il y a 5 jours

Mouais... Entre les conflits d'intérêts et les promesses non tenues, on se demande parfois si on est encore en démocratie. Bof.

0
P

Patrick du 67

il y a 5 jours

Macron et Lecornu, deux noms, une seule obsession : servir les copains. Et vous trouvez ça normal ?

0
J

julien-sorel-3

il y a 5 jours

@patrick-du-67 Je comprends ta colère, mais est-ce qu'on a vraiment des alternatives ? Les autres partis font pareil, non ?

0
E

Erdeven

il y a 5 jours

Nooooon mais sérieux ??? Ils nous prennent vraiment pour des pigeons ??? Encore un cadeau aux copains du privé !!! #MacronLePire

0
O

Orphée

il y a 5 jours

Cette réforme est symptomatique d'une tendance inquiétante : l'affaiblissement des garde-fous éthiques au profit d'une logique de court terme. En 2017, le Haut Conseil à l'Égalité avait alerté sur les risques de conflits d'intérêts dans les mobilités public-privé. Pourquoi ces leçons ne sont-elles pas retenues ?

0
I

Isabelle du 61

il y a 5 jours

@orphee Franchement, à force de voir ça, on se dit que c'est plus une habitude qu'une exception. Bref, on s'habitue à tout...

0
Publicité