Un duel à distance entre le RN et Les Républicains
Alors que Bruno Retailleau officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national (RN) ne cache pas son scepticisme. Sébastien Chenu, député du Nord et vice-président du parti, a qualifié la démarche du président du groupe LR au Sénat de « beaucoup de bruit pour rien », lors d'une interview diffusée vendredi 13 février.
Une crédibilité mise en doute
Pour Chenu, Retailleau incarne une droite « macron-compatible », rappelant son passage au gouvernement sous Emmanuel Macron.
« C'est encore un candidat macroniste de plus après Édouard Philippe »,a-t-il lancé, pointant du doigt l'absence de résultats concrets sur des dossiers sensibles comme l'aide médicale d'État ou la politique migratoire.
L'élu du RN a également critiqué le bilan de Retailleau en tant que ministre, évoquant une « explosion du nombre de titres de séjour délivrés en 2025 » et une « absence de rigueur budgétaire », notamment lors de son passage sous la tutelle de François Bayrou et Sébastien Lecornu.
Le RN maintient sa ligne : Le Pen en tête, Bardella en réserve
Interrogé sur la popularité croissante de Jordan Bardella au sein du RN, Chenu a balayé les spéculations :
« Marine Le Pen reste notre candidate naturelle. Si elle devait être empêchée, Bardella prendrait le relais. »Une déclaration qui confirme la stratégie du parti, malgré les 69 % de sympathisants RN favorables à Bardella dans un récent sondage.
Sur la question de l'éligibilité de Le Pen, Chenu a minimisé l'impact d'un éventuel bracelet électronique, affirmant que « les Français sauront faire leur choix ». Une position qui contraste avec les critiques récurrentes sur l'image du RN, souvent associé à des méthodes « peu transparentes ».
La PPE dans le viseur : un texte « brouillon et coûteux »
Le député du Nord a également critiqué la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) présentée par Sébastien Lecornu, dénonçant un texte « pris en décret sans vote du Parlement ». Selon lui, le projet, bien qu'annonçant un renforcement du nucléaire, cache en réalité une « baisse du nucléaire et un recul de l'éolien en mer ».
Chenu a estimé le coût de la PPE à 300 milliards d'euros, qualifiant ce montant de « budgétairement indécent » et préjudiciable pour les Français, avec une hausse du coût de l'énergie prévue.
Un contexte politique tendu
Cette interview intervient dans un climat de « guerre des droites », alors que Les Républicains tentent de se repositionner face à la montée en puissance du RN. Retailleau, en se lançant, espère sans doute capter une partie de l'électorat traditionnel de la droite, mais le RN semble déterminé à défendre son territoire.
Avec des sondages qui donnent Le Pen en tête des intentions de vote, le RN mise sur une campagne axée sur « l'alternance », tout en préparant un éventuel passage de relais à Bardella, perçu comme plus moderne et moins clivant.