Un dialogue tendu entre le PS et le gouvernement Lecornu II
Vendredi 2 janvier 2026. Dans les couloirs virtuels de Bercy, les visages des députés socialistes Estelle Mercier et Philippe Brun s’affichent sur l’écran de la ministre de l’action et des comptes publics, Amélie de Montchalin. Cette entrevue officieuse, comme tant d’autres, illustre les négociations en coulisses entre le Parti socialiste (PS) et le gouvernement, après le vote de la loi spéciale à l’Assemblée nationale le 23 décembre dernier.
Une opposition « responsable » mais ferme
Pendant la trêve des confiseurs, le Premier ministre Sébastien Lecornu a multiplié les échanges avec le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le président des députés socialistes, Boris Vallaud. Une stratégie qualifiée d’opposition responsable par Boris Vallaud, visant à « être utile aux Français ». Pourtant, cette posture ne semble pas suffire à convaincre les socialistes de voter le projet de loi de finances.
« Il n’y a pas de vote pour possible pour nous en l’état »,
déclarent en chœur Estelle Mercier et Philippe Brun. Une position ferme qui contraste avec les concessions obtenues lors du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), où le PS avait réussi à arracher quelques avancées.
Le 49.3, une menace latente
Si le gouvernement Lecornu II mise sur le dialogue, l’ombre du 49.3 plane sur les négociations. Une arme constitutionnelle que le Premier ministre pourrait utiliser pour faire passer le texte sans vote, au risque d’envenimer les relations avec la gauche. « Nous ne sommes pas des opposants systématiques, mais nous ne pouvons cautionner des mesures qui fragilisent les Français », souligne un député socialiste sous couvert d’anonymat.
Un équilibre fragile pour 2027
Alors que la France se prépare pour les élections de 2027, le PS tente de se positionner comme une force de proposition, sans pour autant aliéner son électorat. « Nous ne voulons pas être les complices d’un gouvernement qui creuse les inégalités », insiste Boris Vallaud. Une posture qui pourrait se révéler déterminante dans un paysage politique où l’extrême droite et la droite traditionnelle cherchent à s’imposer.
L’Europe et les finances publiques en toile de fond
Dans un contexte de crise des finances publiques, le PS rappelle l’importance de la solidarité européenne, une valeur chère à ses dirigeants. « La France ne peut se permettre de s’isoler, surtout face aux défis économiques et sociaux qui nous attendent », déclare un proche d’Olivier Faure. Une allusion à peine voilée aux tensions avec certains pays comme la Hongrie, dont les politiques budgétaires divergent radicalement de celles de l’Union européenne.
Une opposition qui compte ses mots
Si le PS refuse de voter le projet de loi de finances en l’état, il pourrait se résoudre à une abstention, une option jugée « dans le meilleur des cas ». Une position qui reflète les divisions internes au sein du parti, tiraillé entre la nécessité de peser dans le débat et celle de rester fidèle à ses valeurs. « Nous ne sommes pas là pour faciliter la tâche du gouvernement, mais pour défendre les intérêts des Français », conclut Philippe Brun.