Un document stratégique sous haute surveillance
La troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) du gouvernement français, publiée ce jeudi 12 mars 2026, fait l'objet d'un avis contrasté du Haut Conseil pour le climat (HCC). Si l'instance salue une « ambition inédite » dans la lutte contre le réchauffement climatique, elle émet de sérieuses réserves sur la faisabilité des mesures annoncées.
Une avancée symbolique, mais insuffisante
Le HCC reconnaît que la SNBC 3 marque une « avancée majeure » en intégrant pour la première fois un objectif sur l'empreinte carbone des importations, un sujet longtemps négligé. « En 2024, la moitié des émissions françaises proviennent de l'étranger », rappelle Jean-François Soussana, président du HCC. Une prise de conscience tardive, alors que la France reste l'un des pays européens les plus dépendants aux importations polluantes.
Autre point salué : l'accent mis sur la « transition juste », notamment pour protéger les ménages les plus vulnérables. Mais, souligne Valérie Masson-Delmotte, climatologue membre du HCC, « les mesures concrètes restent floues ». Une critique récurrente contre le gouvernement Lecornu II, accusé de privilégier les annonces aux actions.
Les limites d'un plan trop technologique
Le HCC s'inquiète du recours accru aux puits de carbone technologiques, comme la capture et le stockage du CO2. Leur contribution passerait de 10 à 21 mégatonnes d'ici 2050, selon la SNBC 3. « Ces solutions restent incertaines et coûteuses », tempère Paul Leadley, membre du HCC. Une dépendance technologique qui contraste avec les engagements écologistes affichés par Emmanuel Macron.
Par ailleurs, le document ignore largement les puits naturels (forêts, sols), pourtant essentiels. Un oubli d'autant plus criant que les forêts françaises, fragilisées par les sécheresses, absorbent de moins en moins de CO2. « On mise sur des technologies non éprouvées plutôt que sur la restauration des écosystèmes », dénonce le HCC.
Un calendrier flou et des objectifs irréalistes
La SNBC 3 fixe un objectif de réduction des émissions de 4,5 % par an entre 2025 et 2028. Un rythme « incompatible avec les performances actuelles », selon Valérie Masson-Delmotte. En 2024 et 2025, la baisse n'a atteint que 1,8 %. « Comment croire à une accélération soudaine ? », interroge le HCC.
Le gouvernement promet d'intégrer certaines recommandations d'ici le printemps, mais sans calendrier précis. Une opacité qui alimente les doutes, notamment à gauche, où l'on accuse le pouvoir d'avoir « sacrifié l'écologie sur l'autel du réalisme économique ». Une critique d'autant plus vive que la France, sous la pression des lobbies fossiles, tarde à sortir du pétrole et du gaz.
La SNBC 3, un outil de souveraineté ?
Le ministère de la Transition écologique défend la SNBC 3 comme un « instrument de souveraineté face aux crises énergétiques ». Un argument récurrent depuis la guerre en Ukraine, mais qui peine à convaincre. « La France reste dépendante des énergies fossiles, et ce plan ne change rien à la donne », rétorque le HCC.
Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, la SNBC 3 apparaît comme un vœu pieux. Entre les promesses européennes et les réalités nationales, le gouvernement Lecornu II devra choisir : concrétiser ses engagements ou céder aux pressions des industriels. Un dilemme qui pourrait peser lourd dans les élections de 2027.