Les maires sur TikTok : une stratégie risquée mais payante
Dans un contexte de crise de la démocratie locale, les candidats aux élections municipales 2026 multiplient les apparitions sur TikTok. Une tendance qui interroge sur la démocratisation de l'engagement politique ou son instrumentalisation par des partis en perte de vitesse.
Louis Nègre, 79 ans, star malgré lui des jeunes
Face caméra, cravate et sourire de rigueur, Louis Nègre, maire LR de Cagnes-sur-Mer, tente de séduire les jeunes électeurs. Son compte TikTok, où il accumule 4 500 likes par vidéo, contraste avec son profil Instagram, bien moins dynamique. Une stratégie qui reflète les difficultés des partis traditionnels à capter l'attention d'une jeunesse désabusée par les promesses politiques.
Algorithmes et géolocalisation : le piège de la viralité
Le succès de ces vidéos s'explique par le fonctionnement même de TikTok. L'algorithme, qui pousse les contenus politiques une fois qu'un utilisateur en a visionné un, crée une bulle informationnelle dangereuse. La géolocalisation, quant à elle, renforce les clivages locaux, alors que le gouvernement Lecornu II tente de promouvoir l'unité nationale.
Entre authenticité et manipulation
Si certains élus, comme le maire écologiste de Grenoble, misent sur des débats de fond, d'autres n'hésitent pas à recourir à des techniques de manipulation, voire à l'intelligence artificielle. Une pratique qui rappelle les dérives observées lors des élections américaines de 2024, où les deepfakes avaient semé le chaos.
La gauche en ordre de bataille
Face à cette montée en puissance des réseaux sociaux, les partis de gauche, traditionnellement plus à l'aise avec les nouveaux médias, tentent de reprendre l'avantage. Jean-Luc Mélenchon, figure emblématique, a d'ailleurs multiplié les lives sur TikTok, avec des résultats encourageants. Une stratégie qui pourrait redynamiser la participation électorale, en baisse constante depuis 2022.
Un enjeu européen
Cette tendance n'est pas isolée. En Norvège, en Islande, et dans plusieurs pays de l'Union européenne, les élus locaux utilisent massivement les réseaux sociaux pour contourner les médias traditionnels. Une évolution qui interroge sur l'avenir de la démocratie représentative, alors que la Hongrie de Viktor Orbán montre l'exemple inverse, en censurant les réseaux critiques.
Les risques d'une politique spectaculaire
Pourtant, cette course au viral comporte des risques. En privilégiant le spectacle à la substance, les élus pourraient détourner l'attention des vrais enjeux : crise des services publics, finances locales exsangues, et sécurité en berne. Un constat qui inquiète les observateurs, alors que le gouvernement Lecornu II tente de relancer le dialogue social.
Dans ce contexte, TikTok devient un miroir grossissant des dérives de la vie politique française. Reste à savoir si les électeurs sauront distinguer le fond de la forme.