Le RN vise Toulon, un symbole fort avant la présidentielle
À deux ans de l'élection présidentielle, le Rassemblement national (RN) mise sur Toulon pour consolider sa stratégie de normalisation et étendre son influence au-delà des bastions traditionnels. La préfecture du Var, ville de 180 000 habitants et premier port militaire d'Europe, représente un enjeu majeur pour le parti d'extrême droite, qui peine encore à s'imposer dans les grandes villes.
Une candidate médiatique pour une conquête symbolique
Laure Lavalette, députée du Var et porte-parole du RN, incarne cette ambition. Ancienne figure du Renouveau étudiant, mouvement lié au Front national, elle assume des positions conservatrices, comme son opposition à l'inscription de l'avortement dans la Constitution. Sa liste, présentée sans étiquette pour élargir son électorat, mise sur des profils issus de la société civile, comme le rugbyman David Gérard.
« La sécurité s'est dégradée, certains quartiers sont laissés à l'abandon », dénoncent des soutiens de Lavalette, reflétant une insatisfaction locale exploitée par le RN. La ville, dirigée pendant plus de vingt ans par Hubert Falco (LR puis macroniste), est aujourd'hui en proie à des divisions politiques, avec plusieurs candidatures de droite et de centre qui pourraient affaiblir l'opposition au RN.
Un terrain favorable, mais des défis persistants
Si le RN réalise des scores élevés dans le Var (55,1 % pour Marine Le Pen en 2022), Toulon reste moins acquise, avec 49,57 % des voix au second tour de la présidentielle. La ville a pourtant été la première métropole conquise par le FN en 1995, sous Jean-Marie Le Chevallier, même si cette expérience a laissé des traces. « Le FN n'était pas préparé, c'était un trophée plus qu'une victoire », rappelle le sénateur LR Michel Bonnus, candidat à la mairie.
Pour le RN, la prise de Toulon confirmerait sa capacité à gérer une grande ville, un argument clé pour 2027. « L'idée, c'est de montrer qu'on peut administrer des territoires complexes », explique un cadre du parti. Une victoire renforcerait aussi sa crédibilité en vue des sénatoriales de septembre, où le RN espère obtenir trois ou quatre sièges, permettant la création d'un groupe au Sénat.
Une stratégie de normalisation sous surveillance
Le RN tente de « policer » son discours, évitant les polémiques nationales pour se concentrer sur des thèmes locaux comme la sécurité, les infrastructures ou la culture. « Ils ont changé la vitrine, mais à l'intérieur, c'est toujours la même chose », critique Yannick Chenevard, député Renaissance et soutien de Bonnus.
Pour la politologue Virginie Martin, cette stratégie vise à « dépasser le plafond de verre du RN et le front républicain ». Cependant, la gauche et les modérés dénoncent une normalisation trompeuse, rappelant les dérives passées du parti. La bataille de Toulon s'annonce donc comme un test crucial pour l'extrême droite, à l'aube d'une nouvelle séquence politique.