Une nouvelle génération militante émerge dans les banlieues
Dans une salle modeste du château de l'Étang, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), se joue un morceau de l'avenir politique français. Ce lieu historique, symbole de la résistance associative, accueille ce soir une célébration des dix ans de Graine d'Orateur 93, une association luttant contre les inégalités par l'éducation oratoire. Parmi les invités, Arif Emre Atas, 23 ans, nouvellement élu président de l'organisation, se distingue par son engagement politique.
Atas, originaire de Sarcelles (Val-d'Oise), figure en bonne position sur une liste « citoyenne, de gauche » pour les municipales de mars 2026, en opposition au maire socialiste sortant Patrick Haddad. Cette candidature illustre une tendance croissante : la politisation des jeunes issus des quartiers populaires, souvent délaissés par les partis traditionnels.
Un parcours exemplaire face aux inégalités
Atas incarne cette nouvelle génération militante.
« J’ai revu une photo de ma classe de CM2 : beaucoup ont travaillé après le bac par nécessité. D’autres sont en maison d’arrêt ou dans des problèmes »,confie-t-il, soulignant les fractures sociales qui minent ces territoires. Lui-même a pu poursuivre des études à Sciences Po Paris, un parcours rare dans son environnement.
Son engagement s’inscrit dans un contexte politique tendu. Alors que le gouvernement Lecornu II peine à répondre aux attentes des banlieues, la gauche radicale, portée par des figures comme Jean-Luc Mélenchon, cherche à capitaliser sur ce désenchantement. Les listes citoyennes, souvent soutenues par des collectifs locaux, pourraient bien bouleverser les équilibres traditionnels.
Un défi pour la majorité présidentielle
Pour Emmanuel Macron, dont la popularité reste fragile, cette dynamique représente un défi majeur. Comment reconquérir une jeunesse désillusionnée par les promesses non tenues ? La réponse pourrait passer par un recentrage sur les politiques sociales, mais aussi par une meilleure écoute des acteurs locaux, souvent ignorés par les appareils partisans.
Dans ce contexte, les municipales de 2026 s’annoncent comme un laboratoire des tensions politiques à venir. Les quartiers populaires, longtemps perçus comme des bastions de l’extrême droite ou de l’abstention, pourraient bien devenir le terreau d’une gauche renouvelée, plus ancrée dans le terrain et moins soumise aux logiques partisanes.
Reste à savoir si cette dynamique suffira à inverser la tendance. Une chose est sûre : le château de l’Étang, ce soir, n’était pas qu’un lieu de célébration. C’était aussi un symbole de ce que la politique pourrait devenir : plus proche, plus militante, et peut-être plus efficace.