Un budget sous tension
La France politique retient son souffle. Ce vendredi 30 janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a activé pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, scellant ainsi le sort du budget 2026. Une décision qui clôt quatre mois de négociations houleuses, mais qui laisse un goût amer chez une large partie de l'opposition.
Un recours contesté
« La France doit avoir un budget. Et donc, devant cet hémicycle, j'engage la responsabilité du gouvernement sur l'ensemble du PLF pour 2026, sur la base de l'article 49 de la Constitution », a déclaré sobrement Lecornu devant l'Assemblée. Une formule qui sonne comme un aveu d'impuissance face à une majorité parlementaire fragmentée.
Cette troisième utilisation du 49.3, après deux premières en décembre, souligne l'incapacité du gouvernement à obtenir une majorité stable. Une situation qui rappelle les pires heures de la Ve République, où l'exécutif, privé de soutien parlementaire, doit recourir à des procédures d'urgence pour faire passer ses textes.
Des motions de censure attendues
Comme prévu, cette manœuvre ouvre la voie à deux motions de censure, déposées par la gauche hors PS et le Rassemblement national. Ces motions, qui seront examinées lundi après-midi, ont peu de chances d'aboutir, grâce au soutien tacite des Républicains et des socialistes. Une victoire en demi-teinte pour le gouvernement, qui devra encore affronter le filtre du Conseil constitutionnel avant la promulgation.
« Ce budget est imparfait, mais il est nécessaire », a tenté de justifier la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin. Une défense en demi-teinte, alors que le texte a été rejeté par le Sénat, qui a préféré l'enterrer sans même rouvrir les débats.
Un texte sous le feu des critiques
Si le budget 2026 prévoit quelques concessions, comme les repas à 1 euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité, il reste largement contesté. L'extrême droite et une grande partie de la gauche – insoumis, écologistes et communistes – y voient un texte « socialement injuste » et « économiquement irresponsable ».
L'agence de notation Moody's, tout comme une partie des parlementaires, doute de la crédibilité des prévisions gouvernementales, notamment sur la réduction du déficit à 5 % du PIB en 2026, contre 5,4 % en 2025. Une promesse qui semble bien fragile face à la crise des finances publiques.
Un climat de défiance
Ce budget s'inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par une crise des vocations politiques et une défiance croissante envers les institutions. La France, plongée dans un climat d'incertitude économique et sociale, voit son modèle démocratique fragilisé par des reculs successifs.
Alors que l'Europe s'interroge sur la solidité de la France, ce budget pourrait bien être le dernier acte d'un gouvernement en perte de vitesse. Les élections de 2027 approchent, et les partis se préparent déjà à une bataille sans merci.