Un budget adopté sous contrainte, mais à quel prix ?
Le gouvernement Lecornu II a dû recourir à l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget 2026, une décision qui cristallise les tensions politiques et alimente les critiques sur la méthode employée par l’exécutif.
Gabriel Attal dénonce une fin de quinquennat en désordre
Dans une interview accordée ce jeudi 22 janvier, Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, a qualifié ce budget de « subi » et affirmé qu’il marquait « la fin du quinquennat ». Une déclaration qu’il a assumée, tout en regrettant l’absence de dialogue préalable entre les partis.
"J’avais proposé qu’on fasse le quoi avant le qui, c’est-à-dire qu’avant de nommer le gouvernement, on mette les différents partis politiques autour de la table pour bâtir un compromis sur le budget."
Selon lui, cette méthode aurait évité les blocages et le recours au 49.3, une procédure perçue comme un aveu d’impuissance politique. « Peut-être que si on avait emprunté cette voie, on n’aurait pas pris autant de temps avant d’adopter un budget », a-t-il souligné.
Un budget « sans ambition » pour l’avenir
Sur le fond, Attal a jugé que ce budget « ne prépare rien » et « ne prépare pas l’avenir ». Une critique qui rejoint celles de l’opposition, notamment de la gauche, qui dénonce un texte dépourvu de vision à long terme, se contentant de gérer les urgences sans perspective stratégique.
Pourtant, le président du groupe majoritaire a reconnu un « mérite » à ce budget : celui d’exister enfin. « Ce n’est pas un mérite mineur, parce qu’on va enfin pouvoir passer à autre chose », a-t-il déclaré, faisant référence aux mois de débats stériles qui ont épuisé l’opinion publique.
Une crise politique qui s’aggrave
Cette adoption sous contrainte intervient dans un contexte de crise des vocations politiques, où les divisions au sein de la majorité et l’hostilité de l’opposition rendent toute réforme difficile. Le recours au 49.3, déjà utilisé à plusieurs reprises sous ce quinquennat, alimente les critiques sur le fonctionnement démocratique du pays.
Alors que la France s’enfonce dans une crise des finances publiques, les partis politiques se préparent déjà pour 2027, avec des stratégies divergentes. La droite et l’extrême droite, en particulier, pourraient capitaliser sur cette impopularité pour renforcer leur influence.
Reste à savoir si ce budget, adopté dans la précipitation, suffira à apaiser les tensions ou s’il marquera définitivement la fin d’un quinquennat marqué par les divisions.