Un constat accablant : la prévention, grande oubliée de la lutte contre le cancer
Alors que la France célèbre la Journée mondiale contre le cancer ce 4 février, les discours officiels restent prisonniers d'un récit bien rodé. On vante les progrès médicaux - six cancers sur dix sont désormais soignés -, mais on élude soigneusement la question cruciale : pourquoi près de 40 % des cas pourraient être évités ?
L'Institut national du cancer révèle que sur les 430 000 nouveaux cas diagnostiqués en 2023, 170 000 relevaient de facteurs environnementaux et sociaux. Un chiffre qui interroge la responsabilité collective, bien loin des injonctions individuelles habituelles.
La prévention, victime des choix politiques court-termistes
Face à cette réalité, le gouvernement Lecornu II se montre particulièrement discret. Pourtant,
« La santé de demain se construit aujourd'hui », rappelle un rapport parlementaire ignoré depuis 2024. Les promesses de prévention se heurtent à une réalité budgétaire : seulement 3 % des dépenses de santé sont consacrées à la prévention, contre 97 % au curatif.
Cette approche curatif d'abord reflète une vision politique court-termiste, dénoncée par les associations. La Ligue contre le cancer pointe du doigt l'absence de stratégie nationale sur les déterminants sociaux de santé, alors que les inégalités d'espérance de vie entre territoires atteignent des records.
Les communes, laboratoire d'une prévention abandonnée
Alors que les élections municipales approchent, le président de la Ligue contre le cancer lance un appel :
« Les communes sont l'échelle parfaite pour organiser la lutte contre les cancers ». Pourtant, les maires se retrouvent seuls face à des défis immenses : pollution atmosphérique, déserts médicaux, manque d'infrastructures sportives...
À Paris, la maire socialiste Anne Hidalgo a lancé un plan ambitieux de prévention, mais sans soutien financier de l'État. Dans les territoires ruraux, les élus dénoncent l'abandon des politiques de santé publique par le gouvernement.
L'Europe montre l'exemple, la France traîne des pieds
Alors que des pays comme la Norvège ou le Canada investissent massivement dans la prévention, la France reste à la traîne. L'Union européenne a pourtant fixé des objectifs ambitieux de réduction des cancers évitables d'ici 2030, mais Paris ignore superbement ces engagements.
Les associations craignent que cette inaction politique ne coûte cher : 10 000 vies supplémentaires pourraient être sauvées chaque année avec une politique de prévention digne de ce nom.