Une démocratie à bout de souffle
À quelques semaines des élections municipales, la question des contre-pouvoirs citoyens s'invite au cœur du débat politique. La revue Mouvements, éditée par La Découverte, consacre son dernier numéro à cette thématique cruciale : Démocratie d’interpellation : les contre-pouvoirs au service de la République.
Des citoyens mobilisés, des institutions sourdes
Alors que les mobilisations citoyennes se multiplient pour dénoncer des politiques jugées injustes, la capacité des institutions à intégrer ces interpellations reste limitée. Pierre Rosanvallon, historien et professeur au Collège de France, rappelle que la démocratie ne se résume pas à la simple délégation par le vote :
« Il ne faut pas, à la française, penser qu’il y a une seule solution. La démocratie consiste aussi à rendre compte du vécu sensible des gens. »
Cette analyse rejoint les critiques formulées par Guillaume Gourgues, politiste spécialiste de la crise de la démocratie représentative. Lors d’une table ronde, il a souligné la nécessité de repenser les mécanismes de transfert de pouvoir, plutôt que de chercher des « meilleurs élus » :
« Je ne suis pas sûr qu’on ait besoin de meilleur.es élu.es, mais plutôt de vraies mécaniques de transfert de pouvoir. »
Les intercommunalités, un pouvoir opaque
Gourgues dénonce le caractère fermé des intercommunalités, souvent perçues comme des « huis clos » où quelques élus se cooptent. Une situation d’autant plus problématique que ces structures détiennent une part croissante du pouvoir local. Il plaide pour un élargissement de ces espaces publics locaux, afin de les rendre plus transparents et représentatifs.
Une démocratie à réinventer
Face à la défiance croissante envers les institutions, les auteurs de la revue appellent à un partage plus équitable du pouvoir, notamment sur des sujets sensibles comme la justice sociale, l’environnement ou la fiscalité. Des enjeux trop importants pour être laissés aux seules Assemblées, dont la représentativité est de plus en plus contestée.
Un contexte politique tendu
Alors que le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d’Emmanuel Macron, peine à répondre aux attentes citoyennes, cette crise de la démocratie locale s’inscrit dans un contexte plus large de défiance politique. Les partis traditionnels, qu’ils soient de droite ou d’extrême droite, semblent incapables de proposer des solutions adaptées à ces nouvelles aspirations démocratiques.