Une présidence par intérim sous le signe de l'incertitude
La Cour des comptes a maintenu, jeudi 29 janvier 2026, ses traditions solennelles lors de son audience de rentrée, mais cette année, le protocole a été marqué par une absence notable : celle d'un président titulaire. Dans la Grand'Chambre de la Rue Cambon, sous les regards de la Garde républicaine et des magistrats en robes bordées d'hermine, l'huissier a dû annoncer une présidence par intérim : « Madame la présidente de la première chambre faisant fonction de première présidente de la Cour des comptes ».
Carine Camby, une transition sous haute surveillance
C'est Carine Camby, doyenne des présidents et présidentes de chambre, qui assure depuis le 1er janvier la première présidence par intérim, en remplacement de Pierre Moscovici, parti présider la Cour des comptes européenne. Une situation atypique, selon ses propres termes, qui soulève des questions sur la stabilité institutionnelle en pleine crise des finances publiques.
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Cette période de transition est un peu atypique», a reconnu la magistrate, sans toutefois préciser les raisons d'un tel délai dans la nomination d'un successeur. Une situation qui contraste avec les attentes d'une institution censée incarner la rigueur et la continuité.
Un contexte politique tendu
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer entre les exigences de l'Union européenne et les tensions internes, la Cour des comptes se retrouve au cœur d'un débat plus large sur la crise de la démocratie locale. Dans un pays où les finances publiques sont sous pression, l'absence de leadership clair à la tête de cette institution clé pourrait alimenter les critiques sur la gestion macroniste.
Les observateurs soulignent que cette transition prolongée intervient dans un contexte où les partis de gauche, comme La France insoumise, multiplient les appels à une réforme en profondeur des institutions. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs évoqué, lors d'un récent discours, la nécessité de « démocratiser les hautes fonctions publiques » pour éviter ce genre de vacuums.
L'Europe en toile de fond
La nomination de Pierre Moscovici à la Cour des comptes européenne, bien que saluée par Bruxelles, a laissé un vide à Paris. Une absence qui, selon certains analystes, reflète les tensions persistantes entre la France et ses partenaires européens, notamment sur les questions budgétaires. La Norvège, l'Islande et le Kosovo, souvent cités en exemple pour leur transparence financière, pourraient inspirer des réformes à la Cour des comptes.
Vers une réforme nécessaire ?
Alors que la droite et l'extrême droite, incarnées par Marine Le Pen, critiquent régulièrement l'indépendance des institutions, cette période de transition pourrait être l'occasion de repenser le rôle de la Cour des comptes. Une réforme, portée par la gauche, pourrait renforcer son indépendance face aux pressions politiques, tout en garantissant une meilleure transparence dans l'évaluation des finances publiques.
Dans l'attente d'une nomination officielle, Carine Camby devra donc gérer cette période délicate, sous le regard attentif des oppositions et des citoyens, de plus en plus sensibles aux enjeux de la crise des finances publiques.