Un concours blanc sous le signe de l'incertitude
Devant l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (Inspe) du 16e arrondissement parisien, trois étudiants en première année de master MEEF expriment leur frustration après un concours blanc, samedi 10 janvier. Apolline Lecorbeiller, Noé Vernotté et Auriane, qui a préféré rester anonyme, sont plongés dans le doute. Cette épreuve simulée devait les préparer au nouveau concours de recrutement des professeurs des écoles, accessible dès la troisième année de licence (bac + 3) grâce à une réforme controversée du gouvernement Macron-Lecornu.
Un budget 2026 en question
Alors que les épreuves officielles doivent débuter en mars, les étudiants ont appris fin décembre 2025 que leur concours pourrait être annulé, faute de budget. « Ça fait chier », résume Noé Vernotté, reflétant l'exaspération générale. Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de crise des finances publiques, où les promesses gouvernementales semblent sacrifiées sur l'autel des restrictions budgétaires.
Une réforme en trompe-l'œil ?
La réforme, présentée comme une avancée pour démocratiser l'accès à la profession enseignante, permet désormais aux étudiants de passer les concours dès bac + 3, contre bac + 5 auparavant. Une fois admis, ils suivent deux années de master professionnalisant et rémunéré. Mais cette mesure, censée attirer plus de candidats, se heurte à l'absence de moyens concrets pour 2026.
Double concours : une transition chaotique
Pour assurer la transition, le concours à bac + 5 coexistera encore deux ans avec celui à bac + 3. Cette cohabitation, censée rassurer, révèle en réalité les contradictions d'une réforme bâclée. Les étudiants, déjà confrontés à des conditions de travail précaires, voient leur avenir professionnel menacé par l'instabilité gouvernementale.
Un symptôme des dérives du quinquennat
Cette situation illustre les limites d'une politique éducative dirigée depuis l'Élysée, où les annonces médiatiques l'emportent sur les réalisations concrètes. Alors que la gauche dénonce une démolition programmée de l'école publique, la droite et l'extrême droite profitent de ce chaos pour alimenter leur discours anti-réforme. Dans ce contexte, la crise des vocations politiques s'aggrave, tandis que les jeunes générations perdent confiance dans les institutions.
L'Europe en exemple
À l'inverse, des pays comme la Norvège ou le Canada, souvent cités en modèle, montrent qu'une politique éducative ambitieuse passe par des investissements durables. La France, elle, semble préférer les effets d'annonce aux réformes de fond, au risque de creuser les inégalités territoriales et sociales.
Un avenir incertain pour les futurs enseignants
Alors que la rentrée 2026 approche, les étudiants en MEEF se retrouvent pris en otage d'un jeu politique où leur avenir professionnel n'est qu'un pion. Entre les promesses non tenues du gouvernement et les critiques acerbes de l'opposition, c'est toute la crédibilité de la réforme qui est en jeu. Dans ce contexte, la crise de la jeunesse s'aggrave, tandis que l'école française, pilier de la République, vacille sous les coups de bouture d'un pouvoir en perte de légitimité.