Un débat qui divise la classe politique
Alors que l'Assemblée nationale réexamine le projet de loi sur la fin de vie, Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine et chef des urgences de l'Hôpital Pompidou, alerte sur les risques d'une légalisation trop hâtive de l'euthanasie. Dans une interview accordée à une émission politique, il a critiqué un texte qu'il juge « trop permissif », susceptible d'ouvrir la voie à des dérives, notamment pour les personnes les plus précaires.
Une loi qui dépasse le cadre de la « fin de vie »
Pour Juvin, le projet de loi, qui s'appuie sur le critère d'une « affection grave et incurable engageant le pronostic vital », est trompeur.
« Aujourd'hui, il est possible de traiter certaines maladies graves et incurables et de vivre plusieurs années même en phase avancée ou terminale. »Il cite l'exemple d'un cancer du sein métastasé, où les nouvelles thérapies permettent de prolonger la vie sur plusieurs années. « Ce texte ne concerne pas uniquement la fin de vie, mais pourrait potentiellement toucher des centaines de milliers de patients. »
L'accès inégal aux soins palliatifs, une faille majeure
Si certains défendent le droit à l'euthanasie pour les patients en souffrance, Juvin souligne que les alternatives existent, mais restent inaccessibles pour beaucoup. « Obtenir une consultation contre la douleur en France peut prendre de 2 à 7 mois. » En comparaison, l'euthanasie pourrait être accessible en 2 à 17 jours. « Près d'un Français sur deux nécessitant des soins palliatifs n'y a pas accès. »
Une liberté formelle, selon Juvin
Le député LR dénonce une « liberté formelle », rappelant les propos de Karl Marx sur l'illusion de la liberté dans des conditions inégales.
« Lorsqu'on est grabataire, seul dans son lit, que l'on baigne dans ses excréments et que l'infirmière ne passe qu'une fois par jour, le choix de mourir devient plus tentant que si l'on est entouré et pris en charge correctement. »Il accuse le texte d'avoir été conçu par des « personnes aisées et en bonne santé », alors qu'il s'appliquerait surtout à des individus pauvres et isolés.
L'euthanasie, une « facilité » plutôt qu'un soutien
Juvin compare l'euthanasie à un « pistolet chargé » offert à des patients vulnérables, plutôt qu'un véritable accompagnement.
« La fraternité, au-delà de nos discours et de nos symboles, ne peut se réduire à cette forme de 'main tendue' qui consiste à offrir une facilité plutôt qu'un véritable soutien. »Il plaide pour un développement prioritaire des soins palliatifs avant toute légalisation.
Un débat qui s'inscrit dans la « guerre des droites »
Cette position de Juvin s'inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par des divisions au sein de la droite française. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de concilier les différentes sensibilités, les oppositions de droite radicale et de gauche radicale s'affrontent sur ce sujet sensible. La question de l'euthanasie devient un enjeu clé dans la stratégie des partis en vue des élections de 2027.