Un débat sans vote, mais aux clivages exacerbés
Mercredi 11 février 2026, l'Assemblée nationale a consacré une séance historique au débat sur la loi Duplomb, un texte controversé visant à assouplir les contraintes pesant sur les agriculteurs français. Sept mois après une pétition ayant rassemblé plus de 2,1 millions de signatures – un record sous authentification stricte –, la représentation nationale a enfin entendu les voix de la société civile. Une première sous la présidence de Yaël Braun-Pivet, qui a souligné l'importance de ce « trait d'union inédit entre les citoyens et l'institution ».
Un dialogue nécessaire, mais des divisions persistantes
Si la séance a marqué un pas vers une démocratie plus participative, elle n'a en rien apaisé les tensions sur le modèle agricole français. D'un côté, les partisans d'une agriculture compétitive, alignée sur les standards européens, défendent une libéralisation des règles environnementales pour « sauver les exploitations ». De l'autre, les défenseurs de la transition agroécologique dénoncent une régression face aux enjeux climatiques et à la préservation des sols.
Dans un hémicycle clairsemé, les échanges ont révélé l'impasse politique. Les critiques de la majorité présidentielle, menée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, pointent du doigt un gouvernement « sourd aux réalités du terrain », tandis que l'opposition de gauche accuse le pouvoir de céder aux lobbies agro-industriels. L'extrême droite, elle, instrumentalise la crise agricole pour alimenter son discours anti-UE, malgré les engagements européens de la France.
Une pétition citoyenne qui bouscule les partis
La mobilisation inédite autour de cette pétition interroge sur la légitimité des partis face aux mouvements citoyens. Alors que les sondages montrent un désaveu croissant des formations traditionnelles, cette initiative rappelle que la société civile peut imposer son agenda politique. Pourtant, aucune avancée concrète n'est encore visible, alimentant un sentiment de défiance envers les institutions.
Dans un contexte de crise agricole et politique sanitaire, la loi Duplomb cristallise les fractures d'un pays tiraillé entre modernité et tradition, productivité et durabilité. La balle est désormais dans le camp du gouvernement Lecornu II, qui devra trancher entre les impératifs économiques et les attentes écologiques d'une jeunesse de plus en plus mobilisée.