Un débat politique tendu autour de la fin de vie
Alors que les propositions de loi sur la fin de vie sont examinées par les sénateurs à partir de ce mardi 20 janvier, le texte risque de subir des modifications profondes, éloignant la version initiale adoptée par l'Assemblée nationale en mai 2025. Un enjeu qui divise profondément la classe politique française.
Un texte remanié par la droite sénatoriale
Les sénateurs, majoritairement issus de la droite et du centre, ont déjà amendé le texte en commission, réduisant considérablement le champ d'application de l'aide à mourir. Rebaptisée assistance médicale à mourir, cette mesure ne concernerait désormais que les patients dont le pronostic vital est engagé à très court terme, soit quelques heures ou jours. Une restriction qui a suscité l'indignation des associations de défense des droits des malades.
L'Association pour le droit à mourir dans la dignité a dénoncé une manœuvre politique visant à vider le texte de sa substance, tandis que des organisations hostiles à l'euthanasie regrettent un dispositif toujours trop permissif. La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs a même évoqué un renforcement de la logique de l'aide à mourir.
Un bras de fer entre les deux chambres
Le président de la commission des affaires sociales du Sénat, Philippe Mouiller (Les Républicains), a prévenu que les cartes seront complètement rebattues lors des débats en séance plénière. Plusieurs amendements pourraient encore modifier le texte, soit dans un sens plus restrictif, soit en le rapprochant de la version initiale des députés.
Face à cette situation, des appels à respecter l'esprit du texte voté par l'Assemblée nationale se multiplient. L'association France Assos Santé a adressé une lettre ouverte aux sénateurs, les exhortant à ne pas saper les espoirs des malades en fin de vie.
Un processus législatif incertain
Quelle que soit l'issue du vote au Sénat, prévu le 28 janvier, le texte devra retourner à l'Assemblée nationale pour une deuxième lecture à partir du 16 février. Un nouveau passage au Sénat est ensuite probable, avant une éventuelle commission mixte paritaire. En cas d'échec, l'Assemblée nationale aura le dernier mot.
Dans ce contexte, le président Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté d'aboutir à une réforme d'ici l'été, évoquant même la possibilité d'un référendum si le processus parlementaire s'enlise. Une option qui pourrait court-circuiter les blocages politiques.
Nous irons au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité.
Emmanuel Macron, le 31 décembre 2025
Un enjeu de société au cœur des tensions politiques
Cette réforme s'inscrit dans un contexte politique marqué par les stratégies des partis en vue de la présidentielle de 2027. La gauche, favorable à une approche plus libérale de la fin de vie, accuse la droite d'obstruction, tandis que l'extrême droite dénonce une dérive mortifère.
Pourtant, selon un sondage récent, 72 % des Français soutiennent l'idée d'une aide médicale à mourir pour les patients en souffrance irréversible. Un désaveu cinglant pour les opposants à la réforme.