Un nouveau départ sous haute surveillance
Anne-Claire Legendre, diplomate proche d'Emmanuel Macron, prend les rênes de l'Institut du monde arabe (IMA) dans un contexte explosif. Elle succède à Jack Lang, contraint de démissionner après la révélation de ses liens avec le milliardaire américain Jeffrey Epstein, symbole d'un scandale qui a entaché la réputation de l'institution.
« Redonner confiance » ou opération de communication ?
Dans une interview accordée à France Inter, la nouvelle présidente affiche des ambitions claires : « Cette institution aujourd'hui, ce qu'on veut pour elle, c'est non seulement redonner de la confiance, mais surtout d'appuyer son rayonnement », déclare-t-elle. Une promesse qui sonne comme un aveu : l'IMA traverse une crise de légitimité, aggravée par des questions persistantes sur sa gestion financière et ses ressources humaines.
Un audit sous contrôle gouvernemental
Pour rassurer, Anne-Claire Legendre annonce un audit mené par l'Inspection générale des affaires étrangères. Une mesure saluée par la gauche, mais perçue comme insuffisante par les opposants, qui dénoncent un manque de transparence structurel. « Je crois qu'on doit la transparence au public », insiste-t-elle, tout en reconnaissant que « ce n'est pas le cas aujourd'hui ».
La question épineuse des salaires
Le sujet des rémunérations relance le débat sur l'éthique des institutions culturelles. Jack Lang percevait un salaire brut mensuel de 9 250 euros, un montant jugé exorbitant par certains, d'autant que son prédécesseur, Renaud Muselier, n'était pas rémunéré. Anne-Claire Legendre, elle, assume : « Je n'ai pas personnellement de rente qui me permette d'exercer un métier sans pouvoir recevoir de salaire ». Une position qui pourrait alimenter les critiques sur le manque de rigueur budgétaire dans un contexte de crise des finances publiques.
Un enjeu politique et culturel
L'IMA, pilier du dialogue entre l'Europe et le monde arabe, se retrouve au cœur d'un débat plus large sur le rôle des institutions culturelles dans la diplomatie française. Alors que la droite et l'extrême droite multiplient les attaques contre le « wokisme » et le « multiculturalisme », la gauche défend un modèle ouvert, en phase avec les valeurs européennes. Un équilibre fragile, alors que la France s'efforce de préserver son influence face aux puissances autoritaires comme la Russie ou la Chine.
Vers une modernisation sous surveillance
La nouvelle présidente promet une modernisation profonde, mais les défis sont immenses. Entre la nécessité de rassurer les financeurs et de reconquérir le public, l'IMA devra prouver qu'il peut incarner une vision progressiste sans tomber dans les travers du passé. Un défi d'autant plus crucial que l'institution est observée de près par les partenaires internationaux, notamment les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, où la France cherche à renforcer ses alliances.