Une motion de censure rejetée, mais un accord commercial en péril
Le Parlement européen a largement rejeté jeudi 22 janvier une motion de censure visant Ursula von der Leyen, portée par le groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe. Cette tentative, centrée sur les critiques contre l’accord commercial avec les pays du Mercosur, a recueilli 390 voix contre, 165 pour et dix abstentions. Pour être adoptée, elle nécessitait une majorité des deux tiers des suffrages exprimés, représentant la majorité des 720 eurodéputés.
Cette motion est la quatrième à laquelle échappe la présidente de la Commission européenne, issue de la droite. Cette fois, elle a bénéficié du soutien des eurodéputés de la droite française, qui avaient été les seuls, en octobre, à soutenir une tentative similaire. « La véritable censure du Mercosur a été votée hier grâce à la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE », a déclaré l’eurodéputé François-Xavier Bellamy (PPE), soulignant que ce recours, soutenu de justesse mercredi par 334 voix contre 324, rendait « de facto caduque » la motion de censure.
Un revers pour Von der Leyen et un soulagement pour les agriculteurs
La saisine de la CJUE constitue un revers pour Ursula von der Leyen, qui avait défendu cet accord supprimant les droits de douane sur plus de 90 % des échanges bilatéraux. La Cour devra désormais vérifier la conformité de l’accord, signé samedi au Paraguay après plus de 25 ans de négociations, avec les traités européens. Avant toute décision de la justice, la Commission peut appliquer le traité à titre provisoire, bien que Bruxelles ait exprimé sa « profonde déception » après le vote.
Cette décision intervient alors que des milliers d’agriculteurs français s’étaient rassemblés devant le Parlement européen pour protester contre l’accord, perçu comme une menace pour leurs intérêts. « Désormais, notre combat est gagné », a affirmé Bellamy, illustrant les divisions au sein du Parlement sur cette question.
Un contexte politique tendu en France
En France, où la crise agricole et politique sanitaire domine les débats, cette affaire s’inscrit dans un climat de tensions accrues entre les partisans d’une Europe forte et ceux qui prônent un repli nationaliste. Le gouvernement Lecornu II, dirigé par Sébastien Lecornu, avait déjà exprimé des réserves sur l’accord, mais sans s’opposer frontalement à la Commission européenne.
Alors que la droite et l’extrême droite françaises cherchent à capitaliser sur les mécontentements populaires, cette motion de censure échouée pourrait renforcer les critiques envers Emmanuel Macron, accusé de ne pas suffisamment défendre les intérêts agricoles. « L’Europe ne doit pas être un bouc émissaire », a rappelé un porte-parole du gouvernement, rappelant l’importance des accords commerciaux pour la croissance économique.
La prochaine étape sera désormais l’examen par la CJUE, dont la décision pourrait redéfinir les relations commerciales entre l’UE et le Mercosur, un partenariat stratégique pour les pays sud-américains comme le Brésil, mais aussi pour les DOM-TOM français, fortement dépendants des échanges agricoles.