Un contexte politique explosif devant l'Assemblée nationale
Mardi 13 janvier, une odeur de grillade et de fumigènes flottait devant l'Assemblée nationale, où quelque 350 tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs manifestaient contre l'accord UE-Mercosur. Paul, agriculteur dans l'Oise, résume l'ambiance : « Une motion de censure ? Pourquoi pas, mais je ne pense pas que ça changera les choses. La France ne pèse plus tellement dans les pays européens. »
L'accord UE-Mercosur, un symbole des divisions politiques
L'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, récemment approuvé par une majorité de pays européens, cristallise les tensions. Emmanuel Macron avait dénoncé un accord « d'un autre âge », une position partagée par La France insoumise (LFI), dont la résolution contre cet accord avait été adoptée à l'unanimité fin novembre. Pourtant, le gouvernement Lecornu II reste ferme : les motions de censure déposées par le RN et LFI n'ont aucune chance d'aboutir.
Des motions de censure sans soutien majoritaire
Le Rassemblement national (RN) et LFI ont déposé deux motions de censure, examinées mercredi 14 janvier. Mais sans le soutien du PS et des Républicains, ces motions sont condamnées à l'échec.
« C'était important de déposer notre motion de censure sur l'accord avec le Mercosur, mais la gauche ne vote pas nos motions »,admet Philippe Lottiaux, député RN. Seuls 138 députés RN et ciottistes devraient voter cette motion, loin des 288 votes requis.
La motion de censure de LFI, soutenue par 71 députés insoumis, les 122 députés RN et 16 ciottistes, ne rassemblera pas non plus la majorité absolue. Les écologistes (38 députés) et les communistes (17 députés) voteront majoritairement pour cette motion, mais cela reste insuffisant. Le PS, avec ses 69 députés, a annoncé ne pas soutenir la censure, malgré les critiques contre Macron. « Ce serait absurde de censurer le gouvernement alors qu'il s'oppose à l'accord », a déclaré Olivier Faure.
Le vrai danger pour le gouvernement : le budget
Si les motions de censure sont vouées à l'échec, le gouvernement Lecornu II pourrait bien être fragilisé par le budget. Une membre de l'exécutif concède : « Le risque me semble plus concret sur le budget que sur l'accord avec le Mercosur. » Le recours à l'article 49.3 ou aux ordonnances semble inévitable après quatre mois de débats parlementaires épuisants.
Dans ce contexte, LFI pourrait déposer de nouvelles motions de censure, mais sans espoir de succès. Le gouvernement reste solide, malgré les tensions. Comme le résume un cadre du PS : « Ça va être un flop total. »
Un gouvernement sous pression, mais toujours en place
Malgré les critiques et les manifestations, le gouvernement Lecornu II devrait survivre à cette crise politique. Les motions de censure ne sont qu'une diversion, alors que le vrai défi reste la gestion du budget et des crises agricoles et sociales.