Prisons-hôpitaux : un projet controversé qui divise la psychiatrie pénitentiaire

Par Apophénie 21/01/2026 à 13:09
Prisons-hôpitaux : un projet controversé qui divise la psychiatrie pénitentiaire

Le projet de prisons-hôpitaux de Gérald Darmanin suscite une vive opposition parmi les professionnels de la santé mentale, dénonçant un manque de concertation et des risques pour les soins en milieu carcéral.

Un projet critiqué par les professionnels de la santé mentale

Le gouvernement français, sous la houlette du ministre de la Justice Gérald Darmanin, envisage de créer des prisons-hôpitaux pour les détenus atteints de troubles psychiatriques. Une initiative qui suscite une vive opposition parmi les professionnels de la santé mentale, notamment l'association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP).

Un manque de concertation dénoncé

Pascale Giravalli, présidente de l'ASPMP, a vivement critiqué ce projet lors d'une interview. « Ce projet s'est fait sans concertation avec la santé », a-t-elle déclaré, soulignant que la loi de 1994, qui encadre les soins en milieu carcéral, a été ignorée. Selon elle, cette loi garantit des soins équivalents à ceux dispensés à l'extérieur, un principe que le projet de Darmanin remet en cause.

Des soins indépendants, une nécessité

Pour Pascale Giravalli, l'indépendance des soins en milieu carcéral est essentielle.

« Dans un lieu de privation de liberté, il faut être indépendant pour soigner, parce que le soin, c'est justement remettre les personnes dans le mouvement de la vie. »
Elle rappelle que les règles européennes imposent une séparation claire entre la détention et les soins, un principe que le projet de prisons-hôpitaux pourrait compromettre.

Des dispositifs existants en difficulté

L'ASPMP souligne que des structures dédiées existent déjà, mais qu'elles sont sous-financées et en grande difficulté. La surpopulation carcérale aggrave la situation, rendant les soins psychiatriques quasi impossibles à dispenser correctement. « Les effectifs ne peuvent plus travailler correctement », alerte la présidente de l'association.

Des mesures sécuritaires contre-productives

Pascale Giravalli dénonce également les mesures sécuritaires mises en place ces dernières années, qui exacerbent les tensions en prison. « Ces mesures déclenchent des réactions de la part des personnes détenues qui n'ont pas forcément de troubles psychiatriques », explique-t-elle, soulignant que ces politiques aggravent les problèmes de santé mentale plutôt que de les résoudre.

Un projet précipité malgré les critiques

Malgré ces critiques, le gouvernement entend poursuivre le projet. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, espère ouvrir une prison-hôpital d'ici la fin de l'année. Les critères de sélection des détenus et les modalités de fonctionnement restent flous, laissant planer des doutes sur l'efficacité et l'éthique de cette initiative.

Un enjeu politique et social

Ce projet s'inscrit dans un contexte plus large de politique pénale sécuritaire, souvent critiquée pour son manque de prise en compte des réalités sociales et sanitaires. Alors que la France fait face à une crise des vocations politiques et à des tensions croissantes entre les différents courants politiques, cette réforme pourrait bien devenir un nouvel enjeu dans la guerre des droites qui secoue le pays.

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (11)

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Max95

il y a 6 jours

Oui mais imaginez si ça marche ? On aurait enfin une solution pour les détenus en détresse. Faut pas tout rejeter d'office non plus.

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T

Tangente

il y a 6 jours

Et dans 5 ans, on nous expliquera que c'était une bonne idée, mais mal appliquée. Comme d'hab.

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WebSurfer

il y a 6 jours

Moi j'ai connu un pote qui a passé 6 mois en UMD. Franchement, c'était l'enfer. Alors bon courage avec ce projet...

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Gradation

il y a 6 jours

Nooooon mais sérieux ??? Ils veulent mettre des malades mentaux en prison ??? WTF ???!!

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corte

il y a 6 jours

@gradation Mais non, c'est l'inverse ! Enfin... je pense. Jsp en vrai, c'est le bordel.

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S

Solstice

il y a 6 jours

Encore une réforme qui rappelle les années 80... On avait déjà essayé des trucs similaires, et ça avait fini en catastrophe. Franchement, on apprend jamais ?

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Roscoff

il y a 6 jours

En Suède, ils ont des unités psychiatriques en prison depuis les années 90. Mais là-bas, ils ont les moyens et la formation. Nous, on veut faire du bricolage...

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tregastel

il y a 1 semaine

Bon... Encore un projet qui va coûter bcp et rapporter rien. Génial.

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EdgeWalker3

il y a 1 semaine

Comme d'hab, on annonce un truc sans avoir les moyens. Et après on s'étonne que ça foire...

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Hortense du 38

il y a 6 jours

@edgewalker3 C'est pas juste une question d'argent, c'est une question de volonté politique. Les professionnels ont été ignorés, c'est ça le vrai problème !

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C

Corollaire

il y a 1 semaine

Ah, Darmanin et ses idées géniales... Franchement, qui a encore envie de jouer aux Lego avec la santé mentale en prison ?

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