Un projet critiqué par les professionnels de la santé mentale
Le gouvernement français, sous la houlette du ministre de la Justice Gérald Darmanin, envisage de créer des prisons-hôpitaux pour les détenus atteints de troubles psychiatriques. Une initiative qui suscite une vive opposition parmi les professionnels de la santé mentale, notamment l'association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP).
Un manque de concertation dénoncé
Pascale Giravalli, présidente de l'ASPMP, a vivement critiqué ce projet lors d'une interview. « Ce projet s'est fait sans concertation avec la santé », a-t-elle déclaré, soulignant que la loi de 1994, qui encadre les soins en milieu carcéral, a été ignorée. Selon elle, cette loi garantit des soins équivalents à ceux dispensés à l'extérieur, un principe que le projet de Darmanin remet en cause.
Des soins indépendants, une nécessité
Pour Pascale Giravalli, l'indépendance des soins en milieu carcéral est essentielle.
« Dans un lieu de privation de liberté, il faut être indépendant pour soigner, parce que le soin, c'est justement remettre les personnes dans le mouvement de la vie. »Elle rappelle que les règles européennes imposent une séparation claire entre la détention et les soins, un principe que le projet de prisons-hôpitaux pourrait compromettre.
Des dispositifs existants en difficulté
L'ASPMP souligne que des structures dédiées existent déjà, mais qu'elles sont sous-financées et en grande difficulté. La surpopulation carcérale aggrave la situation, rendant les soins psychiatriques quasi impossibles à dispenser correctement. « Les effectifs ne peuvent plus travailler correctement », alerte la présidente de l'association.
Des mesures sécuritaires contre-productives
Pascale Giravalli dénonce également les mesures sécuritaires mises en place ces dernières années, qui exacerbent les tensions en prison. « Ces mesures déclenchent des réactions de la part des personnes détenues qui n'ont pas forcément de troubles psychiatriques », explique-t-elle, soulignant que ces politiques aggravent les problèmes de santé mentale plutôt que de les résoudre.
Un projet précipité malgré les critiques
Malgré ces critiques, le gouvernement entend poursuivre le projet. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, espère ouvrir une prison-hôpital d'ici la fin de l'année. Les critères de sélection des détenus et les modalités de fonctionnement restent flous, laissant planer des doutes sur l'efficacité et l'éthique de cette initiative.
Un enjeu politique et social
Ce projet s'inscrit dans un contexte plus large de politique pénale sécuritaire, souvent critiquée pour son manque de prise en compte des réalités sociales et sanitaires. Alors que la France fait face à une crise des vocations politiques et à des tensions croissantes entre les différents courants politiques, cette réforme pourrait bien devenir un nouvel enjeu dans la guerre des droites qui secoue le pays.