Une adoption surprise dans un hémicycle apaisé
Mercredi 28 janvier 2026, l'Assemblée nationale a adopté à une large majorité une proposition de loi transpartisane visant à réformer en profondeur le patrimoine immobilier de l'État. Un texte technique, mais aux implications politiques majeures, porté par l'ancien ministre macroniste Thomas Cazenave et soutenu par une coalition inattendue.
Dans une hémicycle habituellement agité par les débats budgétaires, l'ambiance était étrangement calme. Après le rejet rapide d'une motion de rejet à main levée, les amendements ont été discutés posément avant l'adoption du texte par 77 voix contre 22. Une rare unanimité dans une Assemblée profondément fragmentée depuis la dissolution ratée de 2024.
Un projet de « changement complet de modèle »
Pour le ministre de la fonction publique David Amiel, cette réforme marque « le coup d'envoi d'une profonde réforme structurelle de l'État ». Un projet « débattu depuis plus de vingt ans mais toujours ajourné », selon Thomas Cazenave, qui y voit un « changement complet de modèle ».
La députée écologiste Julie Ozenne, bien que critique, reconnaît l'ampleur du texte : « Ce texte opère un basculement profond ». Une reconnaissance qui souligne l'importance symbolique de cette réforme, alors que le gouvernement Lecornu II est régulièrement accusé d'immobilisme.
Une coalition improbable
Cosignée par quelque 150 députés issus de six groupes politiques, la proposition a bénéficié d'un soutien inattendu. Aux côtés des groupes de la majorité présidentielle, l'extrême droite et les socialistes ont apporté leur appui. Une alliance rare dans un contexte politique marqué par les divisions et les tensions.
Un enjeu de gestion publique et de transparence
Cette réforme s'inscrit dans un contexte de crise des finances publiques, où la gestion du patrimoine immobilier de l'État est régulièrement pointée du doigt. Avec un parc estimé à plusieurs millions de mètres carrés, la modernisation de cette gestion pourrait générer des économies substantielles, tout en améliorant la transparence.
Pour les opposants, comme Julie Ozenne, le texte pourrait cependant favoriser une privatisation déguisée du patrimoine public. Une crainte partagée par une partie de la gauche, qui voit dans cette réforme un risque de désengagement de l'État dans des secteurs stratégiques.
Un symbole politique fort
Alors que la stratégie des partis pour 2027 commence à se dessiner, cette réforme pourrait servir de vitrine pour le gouvernement. Une manière de montrer sa capacité à agir, malgré les critiques récurrentes sur son manque d'initiatives.
Pour les oppositions, en revanche, ce texte pourrait bien devenir un sujet de campagne. Entre modernisation nécessaire et risque de privatisation, le débat est loin d'être clos.