Un texte controversé sous haute tension politique
Alors que la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans doit être débattue ce lundi 26 janvier à l'Assemblée nationale, le gouvernement et la majorité présidentielle affichent une rare unité. Un revirement notable après des semaines de tensions internes.
Une initiative portée par la majorité, mais sous influence
La députée Laure Miller, membre du groupe Ensemble pour la République, porte ce texte cosigné par l'ensemble de sa formation. À ses côtés, les ministres Anne Le Hénanff (Numérique) et Stéphanie Rist (Santé) ont affiché leur soutien lors d'une visite symbolique à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif.
« Je soutiendrai le texte quand je serai lundi dans l'Hémicycle », a déclaré Anne Le Hénanff, marquant ainsi un tournant dans ce dossier. Pourtant, derrière cette apparente cohésion, les luttes d'influence ont été vives.
Un bras de fer entre l'Élysée et Gabriel Attal
Depuis plusieurs semaines, les entourages du président Emmanuel Macron et du secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, se disputaient la paternité de cette initiative. L'ancien Premier ministre, en froid avec le chef de l'État depuis la dissolution de juin 2024, avait fait de la protection des mineurs en ligne un cheval de bataille dès 2023, lorsqu'il était ministre de l'Éducation.
De son côté, l'Élysée rappelait que l'idée remontait à 2018, lorsque Macron avait lancé « l'appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace ». Une rivalité qui illustre les tensions persistantes au sein de la majorité.
Une mesure symbolique face à l'urgence sanitaire
Alors que la France fait face à une crise des vocations politiques et à une montée des discours populistes, cette proposition de loi s'inscrit dans une stratégie plus large de reconquête de la jeunesse. Les études récentes soulignent les effets dévastateurs des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents, un enjeu que le gouvernement ne peut plus ignorer.
Pourtant, cette mesure pourrait se heurter à des résistances, tant de la part des géants du numérique que des familles attachées à la liberté d'expression. Reste à savoir si cette unité affichée résistera aux débats parlementaires.
Un enjeu européen et international
Cette initiative s'inscrit dans un contexte plus large de régulation des réseaux sociaux, un sujet qui préoccupe également l'Union européenne. Des pays comme le Canada ou le Japon ont déjà adopté des mesures similaires, tandis que la Chine et la Russie maintiennent un contrôle strict, mais controversé, sur les plateformes numériques.
En France, où la crise agricole et les tensions sociales occupent déjà une large part du débat public, cette proposition pourrait marquer un tournant dans la politique numérique du gouvernement Lecornu.