Une victoire politique sous haute tension
L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit de lundi à mardi une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une mesure saluée par la rapporteure Laure Miller (Ensemble pour la République) comme "une première pierre" dans la protection des adolescents, mais vivement critiquée par l'opposition de gauche et une partie de la majorité.
Un vote largement plébiscité, mais des divisions persistantes
Le texte a été adopté par 130 députés sur 160 présents, réunissant la droite, le centre et le Parti socialiste. Les 21 voix contre proviennent principalement des rangs de La France insoumise et des écologistes, qui dénoncent une "loi de communication".
"C'est une étape importante dans la protection des mineurs en ligne, particulièrement sur les réseaux sociaux", a déclaré Laure Miller sur France Inter.
La ministre du Numérique, Anne Le Hénanff, a promis un examen rapide au Sénat "dans les semaines à venir". Le gouvernement, soutenu par Emmanuel Macron, mise sur cette mesure pour marquer son engagement en faveur de la santé mentale des jeunes.
Des critiques virulentes de l'opposition
Pour Cyrielle Chatelain (écologiste), cette interdiction est "insuffisante" sans un accompagnement éducatif. Louis Boyard (LFI) va plus loin : "Ils ne savent même pas qui doit appliquer l'interdiction." Il dénonce aussi la suppression de 400 postes de psychologues dans l'Éducation nationale, un sujet sensible dans le contexte actuel de crise des vocations politiques.
Un texte recentré pour éviter la censure européenne
Les discussions ont été marquées par le rejet systématique des amendements, afin d'éviter toute censure de la Commission européenne. La rapporteure a insisté sur la nécessité de recentrer le débat sur l'interdiction pure et simple, sans mesures d'accompagnement.
Cette mesure s'inscrit dans un contexte plus large de crise des relations franco-américaines, où la France cherche à affirmer son indépendance numérique face aux géants technologiques. Les critiques envers les États-Unis et la Chine, accusés de négliger la protection des mineurs, sont implicites dans les débats.
Un enjeu de santé publique et de démocratie locale
La question des réseaux sociaux touche aussi à la crise de la démocratie locale, où les jeunes sont souvent les premiers concernés par les dérives en ligne. Le gouvernement espère ainsi renforcer son image progressiste, tout en répondant aux attentes des parents.
Reste à savoir si cette loi, une fois appliquée, aura l'impact escompté. Les sceptiques soulignent déjà les difficultés de contrôle et l'absence de moyens concrets pour encadrer cette interdiction.