Un scrutin sous le signe du renouveau
Dans les rues désertes de Saint-Étienne, la pluie froide semble symboliser l’humeur des Stéphanois. Régis Juanico, candidat de la gauche unie, tente de mobiliser une poignée de militants devant un marché presque vide. Les commerçants ferment déjà leurs étals, indifférents à la campagne électorale. Pourtant, derrière cette apparente léthargie, une certitude émerge : la ville aspire à un changement radical après l’affaire Perdriau.
Un maire disgracié, une ville en quête de redémocratisation
Gaël Perdriau, ancien maire LR, incarcéré depuis janvier, a laissé derrière lui un héritage empoisonné. Condamné pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics, il incarne désormais l’une des plus graves crises de gouvernance locale sous la Ve République. Son procès a révélé des pratiques sordides, dont un chantage à la sextape orchestré depuis l’hôtel de ville, ébranlant la confiance des habitants.
Une condamnation historique et ses conséquences
La peine de cinq ans de prison et cinq ans d’inéligibilité prononcée contre Perdriau marque un tournant dans la lutte contre la corruption locale. « Ce jugement envoie un signal fort : plus aucun élu ne pourra impunément instrumentaliser les institutions pour des intérêts personnels », déclare un observateur politique. La gauche, unie derrière Juanico, espère capitaliser sur ce rejet pour reconquérir la mairie.
La gauche en ordre de bataille
Régis Juanico, ancien député socialiste, mise sur un programme axé sur la redynamisation économique et la transparence.
« Saint-Étienne mérite une gouvernance propre, tournée vers les citoyens et non vers les combines politiciennes », affirme-t-il. Son alliance avec des forces progressistes, à l’exception de La France insoumise, pourrait lui offrir une majorité solide au premier tour.
Un contexte national favorable
Alors que le gouvernement Lecornu II affronte des crises multiples – sécurité, finances publiques, démocratie locale –, la gauche locale espère profiter d’un désamour croissant envers les partis traditionnels. « Les Stéphanois ne veulent plus de promesses creuses ni de scandales », souligne un militant. La victoire de Juanico pourrait ainsi s’inscrire dans une dynamique plus large de reconquête des territoires par la gauche.
Un scrutin sous haute tension
Face à la gauche, la droite, affaiblie par l’affaire Perdriau, tente de se reconstruire. Mais les divisions internes et le discrédit jeté sur le LR pourraient lui coûter cher. L’extrême droite, en embuscade, tente de profiter du désarroi populaire, mais son discours sécuritaire peine à convaincre dans une ville marquée par des difficultés socio-économiques.
Un enjeu européen
Cette élection s’inscrit dans un contexte où l’Union européenne, sous la présidence française, appelle à un renforcement des démocraties locales. Saint-Étienne, ville industrielle en reconversion, pourrait devenir un symbole de cette transition vers une gouvernance plus vertueuse, en phase avec les valeurs européennes.
Vers un premier tour décisif
Si Juanico parvient à fédérer au-delà de son électorat traditionnel, la mairie pourrait basculer dès le premier tour. Mais l’abstention, toujours menaçante, reste un obstacle majeur. « Les Stéphanois ont soif de changement, mais il faudra les convaincre de voter », reconnaît un conseiller municipal. Dans une France où la défiance envers les institutions ne cesse de croître, Saint-Étienne pourrait écrire une nouvelle page de l’histoire politique locale.