Une consultation participative aux allures de campagne électorale
Alors que les ambitions présidentielles s’échafaudent dans l’ombre des couloirs du pouvoir, Sarah Knafo, figure montante de l’extrême droite française et compagne d’Eric Zemmour, a choisi de jouer cartes sur table… ou presque. Depuis ce mercredi 29 avril 2026, elle lance une « grande consultation des Français », présentée comme une démarche citoyenne et inclusive, mais dont les contours trahissent une stratégie politique bien plus cynique. Objectif affiché : recueillir les propositions des citoyens pour bâtir un programme en vue de l’élection présidentielle de 2027. Objectif réel : préparer le terrain d’une candidature qu’elle dément pourtant avec une constance toute politique.
Assise dans un café parisien face à un journaliste, elle martèle, sourire en coin :
« Je ne suis pas candidate à l’élection présidentielle. Je me focalise sur le fond, tandis que les autres ne pensent qu’à leurs petites ambitions personnelles. »Une déclaration qui sonne comme un écho aux méthodes éprouvées par Marine Le Pen ou Jordan Bardella dans le passé, où la modestie affichée n’a jamais freiné les appétits de pouvoir. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en seulement trois jours, sa plateforme en ligne a enregistré 250 000 visiteurs, un score qui dépasse largement les taux de participation habituels aux consultations citoyennes organisées par des partis traditionnels.
Cette initiative, présentée comme un hommage à la démocratie participative, s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu. Avec un gouvernement Lecornu II aux abois, une gauche divisée et une droite traditionnelle en quête de renouvellement, l’extrême droite, elle, mise sur l’usure du pouvoir macronien et l’essoufflement des élites pour s’imposer comme seule alternative crédible. Mais à quel prix ?
Une stratégie de contournement des règles du jeu politique
Le calendrier choisi par Sarah Knafo n’est pas anodin. Alors que les municipales de 2026 viennent de s’achever, avec son retrait in extremis au second tour à Paris, elle semble tirer les leçons des échecs passés. Sa consultation en ligne, accessible à tous via une interface moderne et ergonomique, permet de contourner les structures partisanes traditionnelles. Plus de meetings houleux, plus de tracts distribués dans la rue : seulement des algorithmes, des formulaires et une communication ciblée sur les réseaux sociaux.
Cette approche, inspirée des méthodes de campagne américaines, repose sur une illusion de proximité avec les citoyens. Pourtant, derrière le vernissage participatif se cache une machine de guerre électorale bien huilée. « Elle joue la carte de la transparence pour mieux masquer ses ambitions », confie un ancien cadre du Rassemblement National, aujourd’hui désillusionné. « Reconquête n’a plus de leader visible, alors elle tente de s’imposer comme l’héritière naturelle de Zemmour. Mais en réalité, elle prépare un coup d’éclat pour 2027. »
Les observateurs politiques s’interrogent : pourquoi une consultation aussi ambitieuse si elle n’est pas candidate ? La réponse tient en deux mots : légitimation. En se posant en porte-parole d’une France « oubliée », elle cherche à incarner une voix populaire, loin des cercles du pouvoir parisien. Une stratégie risquée, mais qui a déjà fait ses preuves dans l’histoire politique française, de Jean-Luc Mélenchon à Le Pen.
Un duo Zemmour-Knafo toujours aussi influent, malgré les apparences
Malgré les dénégations officielles, les liens entre Sarah Knafo et Eric Zemmour restent indéfectibles. « La dernière fois que j’ai déjeuné avec lui, il avait encore envie d’être candidat », révèle l’un de ses proches sous couvert d’anonymat. Une confidence qui en dit long sur les tensions internes au parti Reconquête, où les ambitions personnelles se heurtent aux réalités stratégiques.
Pourtant, dans l’ombre, Zemmour se fait de plus en plus discret. Absent des plateaux télévisés, discret sur les réseaux sociaux, il laisse désormais le champ libre à sa compagne, qui incarne à elle seule la nouvelle ligne du parti : moins idéologique, plus pragmatique, et surtout plus adaptée aux attentes d’un électorat en quête de solutions radicales. « Aujourd’hui, Reconquête, c’est elle. Ce n’est plus lui », assène un cadre du RN, qui la surnomme « Cléopâtre », en référence à la reine d’Égypte dont l’héritage historique est à la fois glorifié et controversé.
Cette transition générationnelle au sein de l’extrême droite française s’accompagne d’une radicalisation des discours. Les thèmes chers à Zemmour – immigration, sécurité, souveraineté nationale – sont repris avec une ferveur nouvelle, mais aussi une touche de modération calculée. Sarah Knafo mise sur une image plus lisse, moins clivante, pour séduire au-delà des bastions traditionnels de l’extrême droite. Une stratégie qui rappelle celle de Viktor Orbán en Hongrie, où la droite populiste a su s’adapter aux règles démocratiques pour mieux les instrumentaliser.
Une consultation sous haute surveillance
Dès son lancement, la plateforme participative de Sarah Knafo a suscité des réactions contrastées. Les uns y voient une initiative louable, enfin une écoute des citoyens ; les autres dénoncent une manipulation grossière, où les questions posées orientent subtilement les réponses vers des positions ultra-conservatrices. « C’est du marketing politique pur jus », estime un politologue proche de la majorité présidentielle. « Elle sélectionne les thèmes qui lui sont favorables et ignore les sujets qui fâchent. »
Parmi les propositions déjà mises en avant sur la plateforme, on retrouve des mesures chères à l’extrême droite : renforcement des frontières nationales, lutte accrue contre l’islamisme, baisse des impôts pour les classes moyennes. Des thèmes qui, sans être explicitement racistes ou xénophobes, s’inscrivent dans une logique de repli identitaire et de rejet de l’Union européenne. Autant de sujets qui divisent profondément la société française, surtout dans un contexte où la crise des finances publiques locales s’aggrave et où les services publics sont de plus en plus défaillants.
La première étape de cette « grande consultation » s’est tenue ce mercredi à Strasbourg, une ville symbole de la réconciliation franco-allemande et de l’intégration européenne. Un choix stratégique, qui permet à Sarah Knafo de se présenter comme une figure européenne, tout en affichant ses positions souverainistes. Ironie de l’histoire : alors que l’Union européenne tente de se réinventer après des années de crises migratoires et de tensions géopolitiques, l’extrême droite française en profite pour promouvoir un discours anti-européen, tout en se posant en experte des questions transnationales.
Le gouvernement Lecornu II face à la montée des extrêmes
Dans les couloirs de Matignon, la réaction est mesurée, mais l’inquiétude est palpable. Sébastien Lecornu, premier ministre affaibli par une succession de crises, doit gérer une majorité présidentielle divisée et une opposition en embuscade. Face à la montée en puissance de l’extrême droite, son gouvernement mise sur deux leviers : la fermeté sur la sécurité et l’annonce de mesures sociales ciblées pour freiner l’hémorragie électorale.
Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient. Les derniers sondages donnent Reconquête autour de 18 % d’intentions de vote pour 2027, un score qui place le parti en troisième position, loin derrière le RN, mais devant une droite traditionnelle en pleine reconstruction. La gauche, elle, reste engluée dans ses divisions, incapable de proposer une alternative crédible à la politique macronienne.
Dans ce contexte, la consultation de Sarah Knafo apparaît comme une manœuvre de déstabilisation supplémentaire. En se présentant comme la seule à écouter les Français, elle cherche à capter une partie de l’électorat déçu par les partis traditionnels. Une stratégie qui, si elle réussit, pourrait rebattre les cartes de la présidentielle de 2027 et offrir à l’extrême droite une place centrale dans le débat politique français.
Reste une question : Emmanuel Macron, dont le quinquennat arrive à son terme dans un contexte de grande incertitude, parviendra-t-il à éviter l’écueil d’une nouvelle cohabitation avec une droite radicale ? Ou bien la France s’apprête-t-elle à vivre une nouvelle page de son histoire, où les extrêmes prendraient définitivement le dessus sur les modérés ?