Un drame qui révèle les failles du système éducatif
Le suicide de Caroline Grandjean, enseignante de 42 ans, a mis en lumière les dysfonctionnements profonds de l'Éducation nationale. Alors que le ministre Edouard Geffray a reconnu une « défaillance institutionnelle » dans le soutien apporté à cette victime de harcèlement lesbophobe, la question de la responsabilité de l'État se pose avec acuité.
Une reconnaissance tardive des manquements
Interrogé à l'Assemblée nationale ce mardi 10 février 2026, le ministre a annoncé qu'une proposition de réparation serait faite à la veuve de Caroline Grandjean. « Il faut condamner les conséquences, d'abord en termes de responsabilité du ministère », a-t-il déclaré, évoquant une réparation financière. Pourtant, cette annonce intervient plus d'un an après le drame, alors que les insultes homophobes (« sale gouine », « gouine = pédophile ») avaient été découvertes dès septembre 2023 sur les murs de son école de Moussages (Cantal).
Un harcèlement institutionnalisé
L'enquête administrative révèle que Caroline Grandjean a été abandonnée par son administration. « Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l'enseignante que l'institution n'a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents », souligne le ministère. Pire encore, des décisions administratives « vécues comme des injustices » ont aggravé sa situation, comme le refus de lui accorder une bonification de points pour son handicap (RQTH).
La bureaucratie tue
Le ministre a reconnu un « traitement juridico-administratif, voire bureaucratique, d'une situation dramatique ». Une mécanique froide et impersonnelle qui a conduit une femme au désespoir. « Il y a eu une succession de microdécisions, qu'on qualifierait d'aministrativo-bureaucratiques, et qui en cumulé, constituent une défaillance institutionnelle », a-t-il admis. Une reconnaissance rare de la part d'un gouvernement qui, sous Emmanuel Macron, a souvent minimisé les crises sociales.
Une justice en défaillance
L'enquête ouverte après les tags homophobes a été classée sans suite en mars 2025. Une décision scandaleuse alors que les auteurs de ces inscriptions n'ont jamais été identifiés. La veuve a depuis porté plainte contre l'Éducation nationale pour harcèlement, mais le gouvernement semble plus prompt à protéger ses intérêts qu'à faire justice.
Un système qui broie les enseignants
Ce drame s'inscrit dans un contexte plus large de crise des vocations politiques et de désaffection pour les métiers de l'éducation. Alors que le gouvernement Lecornu II multiplie les annonces sur la « modernisation » de l'école, les enseignants dénoncent depuis des années un manque de soutien face aux violences et au harcèlement. « Il faut profondément humaniser nos procédures de gestion administrative dans un ministère qui compte 1,8 million d'agents », a reconnu le ministre. Trop tard pour Caroline Grandjean.
Une question de responsabilité politique
Alors que la droite et l'extrême droite multiplient les discours sur la « sécurité » et la « protection des valeurs », ce drame montre que leur politique sécuritaire ne protège pas les plus vulnérables. Au contraire, c'est bien l'État, sous la responsabilité d'Emmanuel Macron, qui a failli dans son devoir de protection. Une question qui devrait être au cœur des débats pour 2027.