Un scandale qui secoue l’institution culturelle
Alors que les révélations sur les liens entre l’ancien ministre Jack Lang et le criminel Jeffrey Epstein continuent de faire trembler la classe politique française, l’exécutif a décidé de passer à l’offensive. Emmanuel Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu, réunis jeudi 5 février, ont ordonné au ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, de convoquer sans délai le président de l’Institut du monde arabe (IMA) pour des « explications ».
« C’est au gouvernement qu’il revient de nommer le président de l’Institut du monde arabe, par l’intermédiaire du Quai d’Orsay », rappelle-t-on à Matignon. Une manière de rappeler que, malgré son statut d’institution culturelle emblématique, l’IMA reste sous la tutelle de l’État.
Un scandale aux ramifications politiques
Si l’exécutif évite soigneusement de se prononcer sur le fond de l’affaire, les pressions sont fortes pour que Jack Lang s’explique sur les 673 mentions de son nom dans les documents liés à Epstein. « Il doit penser à l’institution », insiste-t-on à l’Élysée, où l’on craint un impact désastreux sur l’image de l’IMA, pilier de la diplomatie culturelle française.
Actuellement en déplacement à Marrakech, l’ancien ministre devrait se présenter dimanche 8 février au ministère des Affaires étrangères pour fournir des éclaircissements. Une convocation qui intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par les critiques de l’opposition sur la gestion des affaires sensibles par le gouvernement.
La gauche en première ligne
Du côté des partis de gauche, les réactions sont mitigées. Si certains appellent à la prudence, d’autres exigent une enquête approfondie. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, a dénoncé « une instrumentalisation politique » du scandale, tandis que des figures plus modérées plaident pour une transparence totale.
À droite, en revanche, les attaques sont frontales. Marine Le Pen a saisi l’occasion pour dénoncer « l’opacité d’un système politique corrompu », tandis que les Républicains réclament la démission immédiate de Jack Lang.
Un enjeu européen et international
L’affaire Epstein, qui dépasse largement les frontières françaises, pourrait aussi avoir des répercussions sur la scène internationale. La France, engagée dans une diplomatie culturelle active, voit son image fragilisée par ce scandale. Les partenaires européens, notamment l’Allemagne et l’Italie, observent avec attention la manière dont Paris gère cette crise.
Du côté des États-Unis, où le dossier Epstein reste un sujet brûlant, les autorités pourraient être tentées de demander des éclaircissements supplémentaires, notamment sur les éventuels liens entre Lang et des personnalités américaines impliquées dans le réseau du milliardaire.
Un test pour l’exécutif
Pour Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu, cette affaire représente un nouveau défi. Après les crises successives sur la sécurité, les finances publiques et la démocratie locale, le gouvernement doit faire preuve de fermeté sans pour autant donner l’impression de céder aux pressions politiques.
« Nous ne pouvons pas laisser une telle affaire entacher notre crédibilité », a déclaré une source proche du Premier ministre. Une position qui pourrait se heurter à la résistance de Jack Lang, figure historique de la gauche française, habituée aux combats politiques.