Une mort violente qui clôt une trajectoire tumultueuse
L'ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni a été tué d'une balle en pleine poitrine lundi 12 janvier 2026, alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère au cimetière de Vero, en Corse-du-Sud. À 71 ans, cette figure du milieu corse, reconvertie dans les affaires, laisse derrière elle un héritage marqué par les luttes nationalistes, les règlements de comptes et les exils forcés.
Un parcours entre militantisme et banditisme
Surnommé le "Bel Alain", Orsoni était un homme charismatique, décrit comme ayant un "visage de baroudeur flanqué d'un sourire hollywoodien". Né à Ajaccio en 1954, il étudie l'économie et le droit à Paris, où il fréquente le GUD, un mouvement étudiant d'extrême droite. De retour en Corse dans les années 1970, il devient l'un des dirigeants du Front de libération nationale corse (FLNC) jusqu'à sa scission en 1990.
Son nom est associé depuis plus de quarante ans à l'histoire trouble de la Corse. Militant nationaliste de la première heure, il est notamment soupçonné d'avoir participé aux premières "nuits bleues", une série d'attentats nocturnes à l'explosif. En 1975, il prend part à l'occupation de la cave viticole d'Aleria, qui se solde par la mort de deux gendarmes.
Exil et affaires troubles
Condamné et écroué dans plusieurs dossiers, Orsoni quitte la Corse en 1996 en pleine guerre fratricide nationaliste. Selon un rapport confidentiel de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, il se sent menacé "en raison de ses velléités affairistes et de son appétit financier". Il s'installe d'abord en Floride, puis au Nicaragua, où il dirige l'implantation de casinos, de restaurants et de machines à sous.
Dans son ouvrage Un destin corse : le maquis ardent, publié en 2011, il témoigne de son engagement au sein du mouvement nationaliste corse et évoque la mort brutale de son frère Guy, enlevé et assassiné en 1983. Son corps n'a jamais été retrouvé, et sa mort a déclenché une série d'assassinats sur l'île.
Retour en Corse et présidence de l'AC Ajaccio
Après treize années d'exil, Orsoni rentre en Corse en 2008. Quelques semaines plus tard, il prend la présidence du club de football de l'AC Ajaccio (ACA), mais échappe à une tentative d'assassinat pour laquelle plusieurs membres de la bande rivale du Petit Bar sont condamnés en 2011. Deux de ses proches sont alors tués.
En octobre 2012, c'est son célèbre avocat, Antoine Sollacaro, qui est assassiné. Un mois plus tard, Jacques Nacer, président de la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, connaît le même destin. Orsoni continue d'occuper ses fonctions à la présidence de l'ACA par intermittence jusqu'à sa démission officielle en 2023, tout en restant impliqué jusqu'à l'été 2025.
Le club a alors été confronté à de graves difficultés financières et placé en liquidation judiciaire. Deux enquêtes sont ouvertes pour extorsion, escroquerie et falsification de documents. En octobre 2025, la Commission fédérale de discipline de la Fédération française de football (FFF) sanctionne Orsoni pour avoir présenté une fausse garantie bancaire de 15 millions d'euros destinée à rassurer sur la situation financière du club.
Un choc pour la Corse
Avec l'assassinat de cette figure corse le jour de l'enterrement de sa mère, c'est toute l'île qui est sous le choc. "Je me demande où on est, dans quelle époque on est... Qu'est-ce qui se passe chez nous ? C'est inimaginable", s'est indigné l'abbé Roger-Dominique Polge, qui officiait lors des obsèques.
Cette tragédie survient dans un contexte de crise de la sécurité en France, où les violences et les règlements de comptes continuent de marquer le paysage politique et social. Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, est confronté à des défis majeurs pour rétablir l'ordre et la stabilité dans les territoires fragilisés.