Un rejet symbolique, une adoption inévitable
Jeudi 29 janvier 2026, le Sénat a rejeté sans surprise le projet de loi de finances pour 2026, ouvrant la voie à une adoption définitive la semaine du 2 au 8 février. Une procédure expéditive, marquée par l'usage répété de l'article 49.3 par le gouvernement Lecornu, a suscité des critiques acerbes de l'opposition.
Un passage éclair au Sénat
En adoptant à 203 voix contre 32 une motion de rejet préalable, les sénateurs ont choisi de ne pas prolonger des débats déjà entamés depuis l'automne. Une décision pragmatique, mais qui révèle l'impuissance d'une institution face à un exécutif déterminé à imposer son agenda.
« C'est un fiasco sur le fond, mais également quant à la méthode employée par le gouvernement », a dénoncé Jean-François Husson (Les Républicains), rapporteur général du budget. Le texte, qualifié de « funeste pour l'activité économique », cristallise les tensions entre une majorité sénatoriale de droite et un gouvernement jugulé par les impératifs budgétaires.
La surtaxe des entreprises, pomme de discorde
Le Sénat n'a pas digéré le maintien d'une surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, prévue pour rapporter 7,3 milliards d'euros en 2026. Une mesure perçue comme un « cadeau aux actionnaires » par la gauche, tandis que la droite y voit une menace pour la compétitivité.
« Le budget est imparfait, mais il est le produit d'un compromis bâti patiemment », a défendu Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics. Un argument balayé par les écologistes, qui dénoncent une « capitulation » de la droite sénatoriale.
Un 49.3 final attendu vendredi
Dès vendredi matin, l'Assemblée nationale devrait activer le dernier 49.3 pour clore le débat. Des motions de censure, portées par la gauche radicale et le Rassemblement national, suivront probablement. Leur rejet, attendu lundi, scellera l'adoption définitive du texte.
« La droite capitule, renonce devant l'obstacle, se couche devant la ligne gouvernementale. Ce n'est pas sérieux pour la place du Sénat dans le débat », a regretté Guillaume Gontard, président des sénateurs écologistes. Une critique qui résonne dans un contexte de crise des vocations politiques et de défiance croissante envers les institutions.
Un budget sous tension
Alors que la crise des finances publiques s'aggrave, ce budget 2026 s'inscrit dans une logique de rigueur contrainte. Les collectivités territoriales, pourtant épargnées par les coupes, ne masquent pas leur inquiétude face à un cadre budgétaire de plus en plus restrictif.
Dans l'ombre des débats, la stratégie des partis pour 2027 se dessine. Entre une droite divisée et une gauche en quête d'unité, le gouvernement mise sur l'usure politique pour imposer son agenda. Une stratégie risquée, dans un pays où la défiance envers les élites ne cesse de grandir.