Un compromis sous pression
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vendredi soir une série de concessions majeures aux socialistes pour éviter une censure gouvernementale. Ces annonces, saluées par le Parti socialiste, laissent cependant en suspens la question cruciale du financement des mesures promises.
Des avancées sociales, mais un déficit à combler
Parmi les mesures phares, on retrouve une hausse de 50 euros de la prime d'activité, le maintien des bourses étudiantes et la généralisation du repas universitaire à un euro. Le gouvernement a également renoncé à réduire les allocations logement (APL) et à supprimer des postes dans l'Éducation nationale.
Ces engagements, évalués à plusieurs milliards d'euros, s'ajoutent à des annonces sur le logement et la transition écologique. Pourtant, le Premier ministre n'a pas détaillé les recettes nécessaires pour financer ces dépenses supplémentaires, alors qu'il s'est engagé à maintenir le déficit sous la barre des 5%.
Les socialistes en position de force
Le Parti socialiste, avec ses 69 députés, détient la clé du rapport de forces à l'Assemblée nationale. Olivier Faure a salué ces avancées, mais n'a pas encore exclu de déposer une motion de censure.
"Ces avancées sont réelles, elles sont le fruit d'un long bras de fer avec le gouvernement", a déclaré le PS sur X.
Pourtant, des voix critiques se font entendre au sein même du parti. Philippe Brun, député PS, a exprimé ses doutes : "Sur la partie recettes, je reste fortement sur ma faim." Patrick Kanner, patron des sénateurs socialistes, a quant à lui regretté l'absence de mesures ciblant les grandes entreprises et les hauts revenus.
Un financement incertain
Le ministre de l'Économie Roland Lescure a évoqué des "efforts très importants" à venir, sans plus de précisions. Les hypothèses circulent : prolongation de la surtaxe sur les bénéfices des entreprises (CEBGE), maintien de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), ou encore taxation des holdings.
Mais ces pistes, déjà contestées, ne suffiront peut-être pas. "Il y a un trou dans la raquette", a dénoncé Patrick Kanner. Les députés de la majorité, eux, craignent un budget "insincère" et des conséquences fiscales pour les entreprises et les ménages.
La gauche en ordre de bataille
Alors que le débat parlementaire reprend mardi, les oppositions se préparent à déposer des motions de censure. La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) devraient profiter de cette occasion pour fragiliser le gouvernement.
Pourtant, c'est bien la gauche modérée qui semble tirer son épingle du jeu. Les concessions de Lecornu pourraient marquer un tournant dans la stratégie du gouvernement, contraint de composer avec les forces parlementaires pour éviter une crise politique majeure.