Un choix cornélien pour le gouvernement
À quelques heures de la reprise des débats budgétaires, le Premier ministre Sébastien Lecornu se retrouve dans une position délicate. Alors que les négociations avec les socialistes semblent avoir abouti à un accord de non-censure, le chef du gouvernement doit trancher entre deux options constitutionnelles aux implications radicalement différentes : l'article 49.3, qu'il avait pourtant promis d'éviter, ou une ordonnance budgétaire inédite et risquée.
Le 49.3, une promesse trahie ?
L'entourage de Lecornu a indiqué que le choix final dépendrait des discussions de ce week-end, notamment avec le Sénat. Une source gouvernementale évoque même un conseil des ministres exceptionnel lundi pour statuer sur cette question cruciale. Le 49.3, mécanisme devenu habituel sous ce quinquennat, permettrait d'adopter le budget sans vote, mais au prix d'un engagement politique fort : celui de tenir sa parole.
« Quand on fait de la politique, il faut tenir les engagements qu'on prend »
Ces mots de Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, résonnent comme un avertissement. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a quant à elle annoncé que le gouvernement détaillerait rapidement les mesures du budget final aux parlementaires, un exercice d'équilibriste pour respecter la promesse de déficit à 5% du PIB.
L'ordonnance, une arme à double tranchant
L'option de l'ordonnance budgétaire, jamais utilisée jusqu'ici, présente un double avantage : elle permettrait d'éviter le vote parlementaire tout en préservant le budget en cas de chute du gouvernement. Mais cette solution, qualifiée de « méconnue » par le ministre Laurent Panifous, pourrait balayer des mois de négociations et relancer les tensions avec l'opposition.
Le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a conditionné son soutien à l'évacuation du « flou » budgétaire, tandis que LFI promet déjà une motion de censure. À droite, les critiques fusent : Xavier Bertrand parle d'un budget « raté », tandis que Michel Barnier dénonce « le temps des ultimatums et du chantage socialiste ».
Un budget sous haute tension
Au-delà des procédures constitutionnelles, c'est bien le contenu du budget qui cristallise les tensions. La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, dont le rendement reste flou, illustre les difficultés à concilier compromis politiques et rigueur budgétaire. Dans ce contexte, le choix de Lecornu pourrait bien sceller le destin politique du gouvernement.