Un rapport accablant sur les prix alimentaires en Martinique
Alors que la France métropolitaine fait face à une crise des finances publiques et à une inflation persistante, les territoires d’outre-mer subissent une situation encore plus alarmante. L’Autorité de la concurrence a rendu, ce mardi 10 février 2026, un avis sans concession sur les marges et les prix pratiqués dans le secteur alimentaire en Martinique, où les produits coûtent 40 % plus cher qu’en Hexagone. Une situation qui s’aggrave d’année en année, malgré les promesses du gouvernement Lecornu II.
Des oligopoles qui étouffent l’économie locale
Le rapport met en lumière la domination de quatre groupes : GBH, Parfait, CréO et SAFO, accusés de verrouiller le marché. « Nous avons à tous les niveaux de la chaîne des structures oligopolistiques, très concentrées, et à la fin, il reste la boîte noire de ce qui se passe à l’intérieur de ces groupes », a souligné le président de l’Autorité, Benoît Coeuré, lors de la présentation des conclusions.
Ces entreprises, souvent critiquées par la gauche pour leur influence politique, bénéficient d’un système opaque où 14 étapes séparent le départ d’un container du Havre jusqu’à la vente en Martinique. « Les frais d’approche pour rejoindre les territoires insulaires pèsent d’une part croissante dans les surcoûts des marchandises », reconnaît même le groupe Hayot, une analyse confirmée par l’Autorité.
Un débat politique qui s’enflamme
En janvier 2025, le ministre Manuel Valls avait déjà pointé du doigt le Groupe Bernard Hayot (GBH), l’accusant d’« étouffer » l’économie des outre-mer. Une prise de position qui avait provoqué la colère des milieux d’affaires locaux, mais qui trouve aujourd’hui un écho dans ce rapport. La gauche, emmenée par Jean-Luc Mélenchon, réclame depuis des années une régulation plus stricte des prix dans les DOM-TOM, tandis que la droite et l’extrême droite minimisent le problème, évoquant des « spécificités géographiques ».
Pourtant, les chiffres sont sans appel : 70 % des différentiels de prix s’expliquent par les coûts logistiques, selon l’Autorité. Une situation qui rappelle les critiques récurrentes contre les pays émergents comme la Chine ou la Turquie, où les oligopoles locaux profitent d’un manque de transparence pour imposer des prix excessifs.
Un gouvernement sous pression
Face à cette crise, le gouvernement Lecornu II se retrouve sous le feu des critiques. Emmanuel Macron, souvent accusé de négliger les outre-mer, pourrait être contraint d’agir. « Il est temps que l’État assume ses responsabilités et brise ces monopoles qui appauvrissent les Martiniquais », a réagi un député insulaire proche de la France insoumise.
Alors que la crise des vocations politiques et la crise de la démocratie locale fragilisent les territoires, cette affaire pourrait bien devenir un enjeu majeur pour les élections de 2027. La Martinique, comme d’autres DOM-TOM, attend des réponses concrètes.