Une nomination qui interroge
La désignation d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, alors qu’elle était encore ministre des comptes publics il y a quelques jours, soulève des questions sur l’indépendance des institutions françaises. Si sa compétence n’est pas remise en cause, le conflit d’intérêts potentiel – évaluer des politiques qu’elle a elle-même portées – alimente les débats.
Un problème récurrent
Cette situation n’est pas isolée. Elle révèle une tendance plus large : l’infiltration de l’exécutif dans des structures censées être neutres. Des exemples abondent, comme la Commission de régulation de l’énergie, dirigée par une ancienne ministre, ou l’Autorité des marchés financiers, présidée par une ex-dirigeante du Medef. Ces « autorités administratives indépendantes » (AAI) sont souvent perçues comme des outils au service d’une vision néolibérale.
La Cour des comptes, juge et partie ?
Historiquement, la Cour des comptes se concentrait sur la gestion financière. Aujourd’hui, elle évalue aussi les politiques publiques, un glissement qui interroge. « Sous couvert d’objectivité, elle promeut souvent des réformes libérales », dénoncent ses détracteurs. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où l’État français, sous l’impulsion du gouvernement Lecornu II, semble privilégier des solutions inspirées du modèle économique anglo-saxon.
Un débat plus large sur la démocratie
Au-delà des personnes, c’est le fonctionnement même de ces institutions qui est critiqué. En externalisant des décisions, l’État réduit le débat démocratique. « Des choix collectifs sont soustraits à la délibération citoyenne », regrette Pierre Khalfa, économiste. Cette tendance s’observe aussi dans d’autres pays européens, où des lobbies influencent les régulations.
Un enjeu pour 2027
Alors que la France se prépare pour les élections de 2027, cette question pourrait devenir un marqueur politique. La gauche dénonce une « privatisation rampante » des décisions publiques, tandis que la droite défend une « modernisation nécessaire ». Dans ce contexte, la Cour des comptes, symbole de la haute administration, incarne les tensions d’un État en mutation.