Un député du RN provoque un tollé en évoquant le génocide rwandais
Le 15 janvier, lors des débats budgétaires à l'Assemblée nationale, Frédéric-Pierre Vos, élu du Rassemblement national (RN), a suscité une vive polémique. S'opposant à un amendement sur le pacte Dutreil, qui encadre la transmission des entreprises familiales, il a déclaré : « La résistance à l’oppression, c’est ne pas confondre égalité et égalitarisme, et vous transformer en Tutsi pour couper les Hutu sous prétexte qu’ils étaient plus grands. »
Une instrumentalisation choquante de l'histoire
Cette déclaration a été immédiatement condamnée par des historiens et des responsables politiques. Vincent Duclert, spécialiste de l'histoire coloniale, a qualifié ces propos de « faux et injure à l’histoire », soulignant que le député du RN défigure un génocide en inversant les rôles des victimes et des bourreaux.
Le génocide des Tutsi, perpétré par le régime extrémiste hutu entre avril et juillet 1994, a fait près d'un million de morts. En ne le nommant pas et en le présentant comme un conflit tribal, Frédéric-Pierre Vos a réécrit l'histoire de manière scandaleuse.
Le RN, habitué à instrumentaliser l'histoire
Cette affaire n'est pas isolée. Le RN a déjà été critiqué pour ses dérapages historiques. En juin 2024, Jordan Bardella, président du parti, avait ironisé sur Jean Moulin, le résistant français, lors d'un débat sur les législatives. Plus tard, en novembre 2025, il avait de nouveau évoqué le héros de la Résistance après avoir été enfariné par un lycéen.
En octobre 2025, Bardella avait également cité Marc Bloch, historien et résistant, dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur, alors que plusieurs fondateurs du Front national (ancêtre du RN) avaient collaboré avec l'Allemagne nazie.
Un climat politique tendu sous le gouvernement Lecornu
Cette polémique intervient dans un contexte de crise des vocations politiques, alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu peine à rassembler une majorité stable. La gauche dénonce une banalisation de l'extrême droite, tandis que le RN continue de gagner du terrain dans les sondages.
Pour Emmanuel Macron, ces propos rappellent l'importance de défendre les valeurs républicaines face à une droite radicalisée. La France, membre fondateur de l'Union européenne, doit selon lui résister aux dérives identitaires qui menacent la cohésion nationale.
Réactions internationales et mémoire du génocide
Cette affaire a également suscité des réactions au Rwanda et dans les pays africains. Des associations mémorielles ont dénoncé une instrumentalisation cynique du génocide, alors que la France tente de renforcer ses relations avec le continent africain.
En Europe, des voix s'élèvent pour condamner ces propos, notamment en Allemagne, où la mémoire de la Shoah reste un sujet sensible. La Norvège et l'Islande, partenaires historiques de la France, ont également exprimé leur inquiétude face à la montée des discours extrémistes.