Un empire économique sous le feu des critiques
Stéphane Hayot, héritier du Groupe Bernard Hayot (GBH), incarne une puissance économique qui domine la Martinique depuis des décennies. Dans un entretien accordé début janvier, il affiche une sérénité apparente face aux critiques croissantes contre son empire, pourtant ciblé lors des récentes mobilisations contre la vie chère en 2024.
Un héritage colonial toujours présent
Le GBH, fondé en 1960, porte le poids d’un passé colonial où l’habitation – terme encore utilisé pour désigner les domaines agricoles – rappelle l’époque des plantations. Les Hayot ont bâti leur fortune sur une diversification stratégique : rhum, bananes, distribution, béton, et même yaourts. Un empire qui affiche aujourd’hui 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 18 000 employés.
Des accusations qui ébranlent l’image du groupe
Pourtant, l’ombre des enquêtes judiciaires plane. Le Parquet national financier a ouvert une enquête en août 2025 pour « escroquerie en bande organisée », « abus de position dominante » et « entente sur les prix ». Des accusations qui interrogent sur l’influence réelle des békés, cette minorité blanche propriétaire des grandes fortunes martiniquaises.
Un mouvement social qui questionne le modèle économique
Les violences de 2024 ont révélé une fracture sociale profonde. Les manifestants dénoncent un système où quelques familles contrôlent l’économie locale, tandis que le coût de la vie explose. « Tout ce qu’on vient de traverser n’a en rien ébranlé notre attachement à notre territoire », déclare Stéphane Hayot. Une déclaration qui contraste avec les revendications des Martiniquais pour une plus grande justice économique.
Un enjeu politique pour le gouvernement Lecornu
Dans un contexte de crise des finances publiques et de tensions sociales, le gouvernement doit composer avec ces dynamiques locales. La Martinique, comme d’autres territoires ultramarins, attend des réponses concrètes sur la redistribution des richesses et la fin des monopoles économiques. Une question qui dépasse le cadre local et interroge sur l’équité territoriale en France.
L’Europe comme modèle de régulation
Face à ces défis, l’Union européenne pourrait servir de modèle. Des mécanismes de contrôle des concentrations économiques et de protection des consommateurs existent déjà, mais leur application dans les outre-mer reste insuffisante. Une réforme en profondeur s’impose pour garantir une concurrence loyale et une meilleure répartition des richesses.