Un amendement socialiste à l'origine d'une polémique
Le financement du permis de conduire par le compte personnel de formation (CPF) ne sera plus possible, sauf pour les demandeurs d'emploi, selon le volet dépenses du budget 2026 adopté mardi 27 janvier. Cette mesure, votée via un 49.3, a suscité une vive polémique, notamment après les accusations de Manuel Bompard, député LFI des Bouches-du-Rhône, qui a pointé du doigt les sénateurs socialistes.
Un choix budgétaire contesté
Les sénateurs socialistes ont effectivement déposé un amendement en décembre dernier, proposant de réserver le financement du permis B par le CPF aux seuls demandeurs d'emploi. Cette mesure vise à compenser le maintien du financement des bilans de compétences, initialement supprimés dans le projet de budget. Monique Lubin, sénatrice socialiste des Landes et autrice de l'amendement, justifie cette décision par les contraintes budgétaires imposées par l'article 40 de la Constitution.
« Les parlementaires ne peuvent pas créer de dépenses supplémentaires. Nous avons dû compenser financièrement le coût du maintien des bilans de compétences. »
Un débat sur l'efficacité du dispositif
Selon l'amendement socialiste, le financement du permis B par le CPF aurait une « efficacité très limitée » pour l'insertion professionnelle. Pourtant, une étude de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) révèle que 21 % des individus ayant suivi cette formation estiment avoir trouvé un nouvel emploi grâce à celle-ci.
Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, dénonce une mesure injuste : « À cause d'un amendement socialiste repris par le gouvernement, le CPF ne permettra plus de payer le permis B. » Il critique notamment l'absence de mention explicite de cette compensation dans l'exposé des motifs.
Des alternatives limitées
Monique Lubin souligne que le permis de conduire peut être financé par d'autres moyens, comme le permis à un euro, bien que ce dispositif ne couvre pas l'intégralité des coûts. Elle reconnaît toutefois que cette solution ne convient pas à tous, notamment aux 53 % des personnes de plus de 30 ans ayant recours au CPF pour leur formation.
La sénatrice socialiste a également fait adopter un amendement rétablissant une aide de 500 euros pour les apprentis, mais cette mesure n'a pas été retenue par le gouvernement. Elle promet de revenir sur le sujet si des personnes en emploi durable se retrouvent dans l'incapacité de financer leur permis.
Un arbitrage budgétaire sous tension
La mesure, qui permettrait d'économiser environ 176 millions d'euros, s'inscrit dans un contexte de crise des finances publiques. Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, doit faire face à des contraintes budgétaires croissantes, tout en répondant aux attentes sociales.
Cette polémique illustre les tensions au sein de la gauche, entre une approche pragmatique des sénateurs socialistes et une ligne plus radicale portée par La France insoumise. Elle s'inscrit également dans le débat plus large sur la réforme du CPF et l'accès à la formation professionnelle.