Un nouveau texte pour contourner les interdictions européennes
Le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) persiste et signe. Après l'échec de sa première loi censurée par le Conseil constitutionnel, il dépose un nouveau texte visant à réintroduire des pesticides interdits en France, malgré les risques pour la biodiversité et la santé humaine.
Une proposition controversée, soutenue par une alliance improbable
Ce nouveau texte, enregistré lundi 2 février au Sénat, prévoit la réintroduction encadrée de deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes : l'acétamipride et le flupyradifurone. Bien que ces produits soient interdits en France, ils restent autorisés dans d'autres pays européens, ce qui soulève des questions sur la cohérence de la politique agricole française.
Duplomb, proche de Laurent Wauquiez, a réussi à rallier des cosignataires issus de divers partis, y compris des centristes, des macronistes, des radicaux et des membres d'Horizons. Cette alliance hétéroclite montre à quel point le sujet divise au-delà des clivages traditionnels.
Un débat qui dépasse les frontières agricoles
Le sénateur justifie sa proposition en évoquant la souveraineté alimentaire et la survie de certaines filières agricoles.
"Nous ne pouvons plus continuer de tergiverser sur ce sujet qui fait partie des pans entiers de notre souveraineté alimentaire",a-t-il déclaré lors d'un colloque au Sénat sur le "déclin agricole".
Cependant, ses arguments sont contestés par les défenseurs de l'environnement, qui rappellent que ces pesticides sont toxiques pour la biodiversité et présentent des risques potentiels pour la santé humaine. La FNSEA et la Coordination rurale, principaux syndicats agricoles, soutiennent cette mesure, mais leur position est loin de faire l'unanimité.
Un texte pensé pour éviter la censure
Pour contourner les objections du Conseil constitutionnel, qui avait censuré une disposition similaire en 2025 pour manque d'encadrement suffisant, Duplomb assure que son texte a été techniquement repensé. Le Conseil d'État serait saisi en amont pour valider les modalités.
Pourtant, les critiques soulignent que cette nouvelle proposition ne répond pas aux inquiétudes soulevées par la Charte de l'environnement, qui garantit le droit de vivre dans un environnement sain. La pétition réclamant l'abrogation de la première loi Duplomb a d'ailleurs franchi la barre des 2,1 millions de signatures, ce qui devrait conduire à un débat à l'Assemblée nationale le 11 février.
Un enjeu qui dépasse les clivages politiques
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer entre les impératifs économiques et les attentes environnementales, cette proposition relance le débat sur la politique agricole française. Les écologistes et une partie de la gauche dénoncent une régression environnementale, tandis que certains agriculteurs voient dans cette mesure une solution nécessaire face à la pression des coûts et des réglementations.
Dans un contexte de crise agricole et politique sanitaire, ce texte pourrait bien devenir un nouveau terrain de confrontation entre les partisans d'une agriculture intensive et ceux qui prônent une transition écologique.