Un vote historique, mais des questions persistantes
Jeudi 29 janvier 2026, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à faciliter l'indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française. Un geste symbolique fort, mais qui soulève des interrogations sur la responsabilité de l'État et les limites de ce texte.
Une avancée majeure pour les victimes
Les députés ont reconnu la présomption d'exposition aux radiations pour les personnes résidant dans les zones concernées entre 1966 et 1975. Cette mesure, portée par des élus de gauche et des indépendantistes, met fin à une procédure jugée humiliante par les associations de victimes.
« L'Assemblée nationale vient de dire : on ne vous oublie pas »
a déclaré Mereana Reid Arbelot, élue communiste de Polynésie, visiblement émue après le vote.
Un coût qui fait débat
Si le texte a été adopté sans opposition, certains députés de droite ont exprimé leurs réserves sur son financement. Lionel Duparay (Les Républicains) a alerté sur l'impact budgétaire : « Le budget de l'armée ne saurait supporter seul une indemnisation qui risque d'atteindre des milliards d'euros ». Une critique qui rappelle les tensions récurrentes entre les priorités sociales et les dépenses militaires.
Et les autres territoires ?
Un amendement de La France insoumise a été adopté pour étendre ces dispositions aux victimes des essais nucléaires en Algérie. Une mesure saluée par les associations, mais jugée insuffisante par Maxime Laisney : « Le périmètre retenu est trop restreint, il faut une reconnaissance totale de cette dette historique ».
Un enjeu de santé publique
Selon les estimations, près de 15 000 Polynésiens seraient atteints de maladies radio-induites, dont la moitié sont déjà décédés. Moerani Frébault (EPR) a dénoncé une injustice : « Comment accepter que 280 000 Polynésiens supportent seuls le coût sanitaire d'une décision prise au nom de la nation ? ».
L'ombre de la politique nucléaire française
Ce vote intervient dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis sur la question du désarmement, tandis que la France maintient une doctrine nucléaire jugée anachronique par plusieurs experts. Dominique Voynet (Les Écologistes) a regretté que le texte « traite les corps, mais pas les lieux », soulignant la contamination persistante des sites d'essais.
Une reconnaissance tardive
Le texte prévoit une rétroactivité pour les demandes déjà déposées, mais les associations dénoncent un retard de 30 ans dans la reconnaissance de ces victimes. « Il ne s'agissait plus de demander à la science de démontrer l'impossible au cas par cas », a souligné Didier Le Gac (EPR), rappelant les difficultés administratives subies par les demandeurs.
Quel avenir pour cette politique ?
Alors que le gouvernement Lecornu II affiche une volonté de réconciliation avec les territoires d'outre-mer, cette loi pourrait marquer un tournant. Mais les associations demandent désormais une commission d'enquête parlementaire sur l'ensemble du programme nucléaire français, y compris les essais en Algérie.