Un plan controversé sous le signe du nucléaire
La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a enfin été dévoilée ce vendredi 13 février, après des années de tergiversations. Un symbole fort pour le gouvernement Lecornu II, qui mise sur une relance du nucléaire au détriment des énergies renouvelables, malgré les critiques croissantes de l’opposition.
Un hommage ambigu au passé
Lors de la présentation officielle dans le Jura, le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué un « plan Messmer 2 », en référence au programme lancé en 1974 par Pierre Messmer pour réduire la dépendance pétrolière. Une comparaison osée, alors que la France de 2026 fait face à des défis bien différents, entre crise climatique et tensions géopolitiques.
« Le nucléaire reste la colonne vertébrale de notre indépendance énergétique », a déclaré Lecornu, sous les applaudissements des représentants d’EDF, mais sous les huées des écologistes et d’une partie de la gauche.
L’éolien et le solaire sacrifiés sur l’autel du nucléaire
Si la PPE3 apporte une certaine visibilité au secteur, elle freine net le développement des énergies renouvelables. Les objectifs ambitieux affichés en 2020 pour l’éolien et le solaire ont été revus à la baisse, au profit d’une relance massive du nucléaire, alors que les délais de construction des EPR s’allongent et que les coûts explosent.
Les associations environnementales dénoncent une « régression écologique », tandis que des élus locaux, notamment en Bretagne et dans le Grand Est, s’inquiètent des retards accumulés dans les projets d’éoliennes terrestres.
Un choix politique assumé, mais contesté
Pour le gouvernement, cette orientation s’explique par la nécessité de garantir la souveraineté énergétique face aux menaces russes et chinoises. « Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre de régimes autoritaires pour notre électricité », a justifié un conseiller du Premier ministre.
Mais l’opposition, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, y voit une stratégie électoraliste, visant à séduire les territoires ruraux avant les élections de 2027. Les écologistes, eux, pointent du doigt le manque d’ambition climatique, alors que l’Union européenne exige des efforts accrus.
Un symbole des divisions françaises
La PPE3 cristallise ainsi les tensions d’une France profondément divisée. D’un côté, les partisans du nucléaire, soutenus par une partie de la droite et de l’extrême droite, y voient une garantie de stabilité. De l’autre, les défenseurs des renouvelables, portés par la gauche et une partie de la société civile, dénoncent un retour en arrière.
Alors que les tensions internationales s’aggravent, notamment avec la Russie et la Chine, la question énergétique s’impose comme un enjeu majeur pour les prochaines années. Reste à savoir si le gouvernement saura concilier indépendance, écologie et acceptabilité sociale.